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Blogue: Journal de voyage de Richard Ryan

Élus
Richard Ryan pédale à Paris
Le conseiller Richard Ryan sur son Vélib à Paris. (Photo: sa fille)

pamplemousse.space.monolith.agency invite le conseiller Richard Ryan à collaborer à titre de blogueur. Mais il s’agit d’un blogue nouveau genre: l’élu relate ses vacances en Europe avec sa fille en alimentant sa réflexion sur le développement urbain.

Cette année, pour les vacances, ma fille et moi avons décidé de faire un périple urbain à l’européenne (Paris, Berlin, Copenhague, Rome), intéressés par les découvertes touristiques classiques, mais aussi – pourquoi pas – afin d’observer l’évolution de ces villes face aux défis que nous pose le 21e siècle.

Pourquoi s’intéresser aux villes? Au tournant du nouveau millénaire, nous avons passé le cap des 50% de la population de la terre qui vit en ville. Nous atteindrons plus de 70% d’ici vingt ans. Depuis les débuts de la sédentarisation (néolithique), nous n’avons cessé de nous agglomérer.

Au cours des dernières décennies, cette concentration accélérée des populations urbaines a fait émerger de nouveaux défis à relever et les administrations municipales vont devoir devenir des acteurs de premier plan dans la recherche et la mise en application de solutions. Que ce soit au niveau des transports alternatifs à l’automobile individuelle, l’accès à un habitat abordable, la sécurité alimentaire, le réaménagement de nos espaces publics en lieux plus verts, conviviaux et sécuritaires, ou encore la gestion des effets négatifs liés aux changements climatiques, certaines villes ont entrepris de belles initiatives, alors que d’autres regardent passer le train.

De plus en plus, les villes réclament de nouveaux pouvoirs afin de se doter d’outils nécessaires pour répondre à ces besoins. Les villes ne sont plus que de simples services d’eau, de collecte de matières résiduelles et de voirie; avec les années, elles ont investi les champs du loisir, de la culture, de la lutte à la pauvreté, du développement économique, des transports et même, dans certains cas, de la santé publique et de l’éducation. Cette volonté de croissance des pouvoirs et des responsabilités des villes nous indique que les simples administrations municipales, comme nous aimons encore les appeler chez nous, deviendront de plus en plus incontournables dans la recherche de solutions pour relever les nouveaux défis.

PREMIÈRE ÉTAPE : Paris et les transports

En séjour dans la ville lumière comme conseiller municipal et observateur sensible aux enjeux urbains, je me suis intéressé particulièrement à l’espace public, à la mixité sociale dans le contexte d’embourgeoisement, et aussi à la joute politique municipale.

J’ai eu le bonheur d’avoir un entretien avec Christophe Najdovski, maire adjoint de Paris et responsable politique des transports et de la voirie. M. Najdovski est un élu du parti vert qui fait partie d’une coalition formée avec l’administration de la maire socialiste élue en 2014, Anne Hidalgo. Il vient de déposer «Le plan vélo» 2015-2020, qui a l’ambition de propulser Paris dans les grandes villes cyclables du monde. Tripler le nombre de déplacements en vélo pour faire passer de 5% à 15% tous les déplacements dans la ville, c’est loin des 50% de Copenhague, la championne, mais dans le contexte parisien de circulation très axée sur la voiture, c’est toute une révolution!

Pour nos déplacements quotidiens, le Vélib (système de vélo en libre service comme BiXi) est rapidement devenu notre principal moyen de transport malgré le manque d’infrastructures cyclables sur la majorité des rues encore presque totalement destinées à la voiture. S’il faut parfois faire preuve de vigilance, j’ai tout de même trouvé que le Vélib était un excellent moyen de se déplacer pour découvrir Paris. Je dois dire que je suis passé par tous les sentiments, tantôt en très grande sécurité sur des pistes en site propre ou partagées avec les bus et les taxis, tantôt en totale insécurité au beau milieu du trafic sur le boulevard Montparnasse avec une ado qui peinait à suivre en arrière. Aussi ai-je remarqué beaucoup de voies cyclables mal connectées, ou des pistes partagées sur trottoir apportant leur lot de conflits avec les piétons malgré une largeur respectable et un bon marquage au sol.

Est-ce que le plan vélo de M.Najdovski va régler tout ça? Sûrement pas! Mais les objectifs énoncés semblent indiquer un pas dans la bonne direction dont plusieurs pourront s’inspirer, à commencer par Montréal, qui aurait reculé depuis deux ans selon le palmarès des villes cyclables de Copenaguenize. Il ne suffit pas d’avoir trouvé une solution pour maintenir le système BiXi en place: il nous faut améliorer le niveau de sécurité des cyclistes et augmenter le nombre de kilomètres de notre réseau cyclable.

Retirer chaque centimètre carré destiné à la voiture pour le redonner aux piétons et cyclistes sera possiblement une bataille politique basée sur le droit à l’utilisation des voies publiques du territoire dans un contexte urbain aussi densément sollicité que celui de la Ville de Paris. La voiture privée occupe encore une part importante de l’espace sur rue à Paris alors qu’elle ne constitue que 12% de tous les déplacements. Il faudra du courage à Christophe Najdovski et il aura besoin de l’appui de la Maire de Paris, Mme Hidalgo, pour mener à terme ce plan. Sera-t-elle au rendez-vous?

J’ai aussi eu l’occasion d’assister au Conseil de Paris où avait lieu un débat entourant le projet de construction d’une méga tour de bureaux pyramidale en verre de 50 étages dans le 15e arrondissement: la tour Triangle. Ce projet a suscité un vif intérêt depuis plusieurs années, tant chez les sympathisants que chez les adversaires. Après avoir été rejeté en 2014, la maire Hidalgo a ramené le projet sur le plancher du Conseil avec quelques modifications, s’assurant cette fois une majorité d’appuis. Plusieurs voient ce projet de développement comme tout droit sorti d’une autre époque (énergivore, mal adapté au transport en commun), et certains n’ont pas hésité à évoquer « l’erreur Montparnasse » pour décrier les impacts négatifs. Bien que les verts fassent partie de la coalition Hidalgo, ils se sont permis d’être fidèles à leur position en votant contre, illustrant du même coup la complexité politique dans laquelle doivent naviguer les élus parisiens pour mener à terme des projets.

Je me suis également intéressé au métro de la capitale française, qui présente une desserte extraordinaire en comparaison à celui de Montréal, dont le développement s’est arrêté il y a presque trois décennies. Pendant que nous mettions vingt ans à prolonger de trois stations la ligne orange (et un autre dix ans pour la ligne bleue), le métro de Paris a continué de se développer à un rythme important: pensons à la ligne 14 (le Météor, ligne complètement automatisée) qui traverse Paris en passant par le centre. De plus, l’arrivée du tramway a permis d’offrir aux Parisiens un moyen de transport fiable et de qualité, faisant baisser le volume de circulation routière de 30% dans les zones où il se déploie. La participation des verts dans les administrations de Paris au cours des dernières années a sûrement eu un impact favorable sur ces décisions, qui ont mené à d’importants investissements publics. Un seul constat possible: le développement d’un réseau de transports collectifs passe d’abord et avant tout par une forte volonté politique.

Depuis Delanoë, et maintenant Hidalgo-Najdovski, Paris est en train de devenir une ville qui respire, plus conviviale et plus sécuritaire pour les modes de transports actifs. Cette mutation permet de mettre en relief tous les charmes historiques que nous lui connaissons. Cette ville est passée au 21e siècle, laissant la mauvaise idée du développement de l’auto solo au siècle passé. Malheureusement, la région de Montréal place actuellement ses ressources en priorité sur les déplacements véhiculaires plutôt que des personnes (autoroute 19, échangeur Décarie, échangeur Turcot, pont Champlain, etc). Nous pensons et construisons encore la ville comme nous le faisions au siècle dernier, perpétuant pour les années à venir des problèmes que nous attribuons à ce type de développement (qualité de l’air, congestion, étalement urbain, etc). Malheureusement, l’administration Coderre n’utilise pas son leadership pour insuffler à la Ville de Montréal cet élan dont elle aurait tant besoin.

Plan vélo de Paris 2015-2020
Objectif : passer de 5% à 15% de la totalité des déplacements
Pour répondre aussi aux objectifs de réduction de pollution atmosphérique, de congestion et plus de convivialité dans les déplacements.
Investissement: 150 M d’euros
Pistes cyclables: de 700 Km à 1400 Km dont réseau express et contresens dans nouvelles rues à 30 Km/h
Stationnements à vélo : 10 000 nouvelles places (en grande partie sur rue)

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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