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Un autre Hôtel-Dieu

Histoire
L’Institution des sourdes-muettes sur la rue Saint-Denis, en 1887, depuis l’angle de Berri et Cherrier.
L’Institution des sourdes-muettes sur la rue Saint-Denis, en 1887, depuis l’angle de Berri et Cherrier. (Source : Archives des sœurs de la Providence)

Depuis quelques mois, la société montréalaise s’inquiète pour l’avenir des bâtiments de l’Hôtel-Dieu. Tous s’entendent pour dire qu’il s’agit là d’un patrimoine inestimable et qu’il est primordial de le préserver et de le mettre en valeur. 

Serez-vous surpris d’apprendre qu’il existe un autre dossier qui est à toutes fins pratique identique. Il s’agit de l’ensemble patrimonial de l’Institution des sourdes-muettes sur la rue Saint-Denis. Il fait la manchette alors qu’on vient d’apprendre que le gouvernement québécois s’apprête à le mettre en vente.

Occupé de 1864 à 1979 par la communauté des sœurs de la Providence, dont c’était une des œuvres maîtresses, l’institution loge dans ces lieux pendant 115 ans. Les immeubles sont ensuite cédés au gouvernement du Québec en 1979 pour y loger les bureaux de la Régie régionale de la Santé. La communauté cesse alors définitivement cette activité après 128 ans (depuis ses débuts en 1851).

La photographie qui coiffe ce texte, dont la valeur documentaire est inestimable, nous montre les tout premiers bâtiments de l’Institution. Le pavillon de droite date de 1882 et, sauf pour son clocheton, il monte toujours la garde rue Berri. À l’extrême gauche de la photo, on peut apercevoir le bâtiment original de l’école Olier, sur l’avenue des Pins. Le bâtiment avec le toit à deux versants (1873) a été remplacé en 1898 par le pavillon que l’on peut toujours admirer, rue Saint-Denis.

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Une vue des années 1940, depuis la rue Saint-Denis, nous montre le petit clocheton qui surmontait l’édifice original de 1864 et qui est maintenant transformé en oratoire dans le jardin de l’Institution. (Source : BAnQ)

L’Institution était aussi dotée d’une magnifique chapelle, qui existe toujours d’ailleurs et qui participe grandement à la valeur patrimoniale de l’ensemble. C’est le Père Joseph Michaud (1822-1902), clerc de Saint-Viateur, qui est l’architecte de ce très bel ensemble. On lui doit aussi la basilique Marie-Reine-du-Monde. Il faut rappeler que si ce vaste complexe patrimonial est toujours relativement intact, c’est grâce à l’intelligence de la sœur responsable du dossier immobilier, qui a fait inscrire au contrat avec Québec que les principaux éléments architecturaux des édifices (boiseries, volumes et espaces, chapelle, etc.) devaient être préservés par les nouveaux acquéreurs.

Il faut s’assurer que ce joyau soit conservé adéquatement.

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Vue de la chapelle de l’Institution. (Source: BAnQ)

Quel est donc le problème alors? Il vient du fait que la Régie, qui a récemment été abolie par le ministre de la Santé, a déjà quitté les lieux. Quel est le niveau de surveillance de ces bâtiments uniques? Il y a déjà des graffitis sur les tôles à la base du dôme central. Il faudrait absolument que les personnes responsables prennent les mesures qui s’imposent afin de sécuriser les lieux. Il faudrait aussi que la population soit sensibilisée à la grande valeur de ce patrimoine et manifeste son intérêt pour sa préservation. 

Il serait temps que notre société numérique, le nez toujours penché sur son téléphone intelligent, s’intéresse à autre chose que l’évolution de son statut Facebook. Un jour, les gens pourraient avoir à s’inquiéter des risques de disparition de ce magnifique patrimoine. Quand le bâtiment aura brûlé, il sera un peu tard et Facebook ne sera plus d’aucune utilité.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

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