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La rue Brébeuf déjà en vedette il y a un siècle

Histoire
Quatre belles Abbott Detroit (et leurs passagers) qui prennent la pose rue Rachel angle de la rue Brébeuf
Quatre belles Abbott Detroit (et leurs passagers) qui prennent la pose rue Rachel angle de la rue Brébeuf. (Source : archives de la «Montreal automobile traders association» / photo publiée par David Lewis sur le site facebook Montréal Passé et Présent)

L’actualité récente autour du mini-trottoir de la rue Brébeuf a mis en vedette cette vieille rue de l’est du quartier.

En effet, avec la rue De La Roche, la rue Champlain (actuelle rue Brébeuf) sera parmi les premières rues à voir une construction résidentielle plus soutenue à l’est de Saint-André. D’ailleurs, jusque dans les années 1970, on pouvait encore voir, rue Brébeuf, des témoins de ces constructions datant des années 1880.

La photo coiffant cette chronique nous montre de magnifiques bolides qui datent des années 1913-1915. Elle a été publiée par la M.A.T.A. ; la «Montreal automobile traders association», (ce qui serait probablement l’équivalent de nos actuelles associations de concessionnaires automobiles). On y voit quatre voitures que la légende nous présente comme des Abbott Detroit, une prestigieuse marque d’automobile du moment. On peut compter dans l’une d’elles facilement sept passagers, ce qui témoigne déjà d’un gabarit digne de nos mini-fourgonnettes contemporaines. Aussi, les fascicules de vente des voitures actuelles s’enorgueillissent d’offrir aux acheteurs des jantes de roues de 18 ou 19 pouces, alors qu’ici on utilise des roues de 24 pouces de diamètre. On est à l’avant garde.

Après ce long préambule vantant les mérites mécaniques de ces belles d’autrefois, j’aimerais maintenant revenir sur le véritable intérêt de cette photographie. Comme on le disais la scène se déroule angle Rachel et Brébeuf. Les habitués du quartier reconnaissent facilement l’immeuble de la Maison du vélo et constatent aussi que les maisons adjacentes sont maintenant malheureusement disparues. La voisine immédiate ayant été intégrée aux espaces de bureaux de la Maison du vélo et l’autre transformée en un «bloc appartement». On peut toutefois apprécier la qualité du décor offert par les boiseries ouvragées et par le balcon en loggia surmonté d’un pavillon tout en courbe. C’est une belle image qui nous parle du caractère festif de l’architecture de nos rues il y a un siècle.

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Vue aérienne montrant le parc La Fontaine en 1927. On distingue la rue Rachel et les carrefours avec les rues Brébeuf, De La Roche et Christophe-Colomb. (Source: BAnQ / Ministère des Terres et Forêts / photographies aériennes / Compagnie Franco-Canadienne)

La deuxième photographie nous montre une vue aérienne du parc La Fontaine où l’on peut constater que l’espace vert est entouré d’une double voie de circulation, avec un large mail central, planté d’arbres, qui donne à l’ensemble une fière allure. On y voit un tramway qui s’apprête à tourner vers le nord sur De La Roche et un autre (le tramway noir) qui se trouve devant la Maison du vélo; à peu près au même endroit où se trouve celui de la photo précédente, qui masque aussi la devanture de l’immeuble. Le lecteur notera que la circulation automobile est permise dans le parc et que la rue qui le traverse aboutit justement à Brébeuf.

En conclusion, je vous invite à observer la perspective de la rue Brébeuf sur la première photographie. Elle est large et sans automobiles qui l’utilisent. Il faut dire qu’en 1913, il n’y a pas beaucoup d’autos à Montréal. Elle semble d’ailleurs toujours en terre battue et en attente de son pavage. C’est sûr que les passagers qui posent fièrement à bord de leurs Abbott Detroit, ne se doutent pas une seconde que dans un siècle, la rue Brébeuf fera la manchette pour sa fréquentation automobile intensive et son trottoir qui rétrécit comme peau de chagrin. 

Que diront de nous les lecteurs des chroniques historiques des années 2115?

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

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