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Succès de la manifestation contre la brutalité policière

Vie de quartier
Faisant mentir les discours entretenus par la police et les grands médias comme quoi la marche annuelle du COBP est infiltrée par des « casseurs » et vire généralement à l’émeute, la manifestation s’est déroulée dans le calme.
Faisant mentir les discours entretenus par la police et les grands médias, comme quoi la marche annuelle du COBP est infiltrée par des « casseurs » et vire généralement à l’émeute, la manifestation s’est déroulée dans le calme. (photo : Simon Van Vliet)

Pour la première fois en trois ans, quelques centaines de personnes ont pu manifester sans entrave hier (15 mars), dans le cadre de la journée internationale contre la brutalité policière à Montréal.

Dès 17 h, quelques dizaines de protestataires ont commencé à converger dans le parc La Fontaine, angle Garnier et Rachel.

Rassemblement sous surveillance

« Il y a déjà plus de policiers que de monde autour », observe Liette Vidal, membre du Syndicat industriel de travailleurs et des travailleuses, qui organisait un rassemblement familial avant la manifestation annuelle du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP).

Depuis plusieurs années, la marche fortement médiatisée est étroitement surveillée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui avait procédé à des arrestations de masse dès le départ des manifestations de 2013 et de 2014, en vertu du règlement municipal P6, dont l’application a été fortement critiquée par le Juge Randall Richmond de la cour municipale de Montréal, l’an dernier.

L’article 500.1 du Code de la sécurité routière, utilisé par le SPVM pour mettre fin à la manifestation du 15 mars 2011, a depuis été jugé anticonstitutionnel par la Cour supérieure du Québec.

Dénoncer un système

« C’est une question de système », dénonce Liette Vidal, qui cite en exemple l’ancienne agente du poste 38, Stéphanie Trudeau (alias matricule 728), qui a été protégée par le SPVM jusqu’à ce qu’elle soit filmée pendant une intervention brutale sur Papineau. « C’est un cas parmi bien d’autres », souligne celle qui en est à première participation à la manifestation annuelle du COBP.

Le dossier 728 « est loin d’être réglé », insiste pour sa part Alexandre Popovic, militant à la Coalition contre les abus policiers (CRAP), qui souligne que l’ancienne policière peut encore faire appel de sa récente condamnation. L’ex-policière doit encore faire face à un procès civil et à des accusations en déontologie policière.

Bavures policières : des abus parfois mortels

Si la CRAP de dénonce comme le COBP les abus de Stéphanie Trudeau, la manifestation annuelle contre la brutalité policière vise surtout à souligner la force parfois mortelle utilisée par le SPVM dans des interventions de routine, comme celle qui a coûté la vie dimanche à un quinquagénaire lors d’une arrestation à Hochelaga-Maisonneuve.

Alexandre Popovic déplore le « parti pris pro Taser » du coroner Luc Malouin dans un récent rapport sur la mort d’Alain Magloire, abattu par balles au centre-ville il y a deux ans. « Si le but c’est de sauver des vies, on n’est pas sur la bonne track », lance-t-il en invitant plutôt la ville de Montréal à s’inspirer des escouades d’intervention de crise composées uniquement de civils, comme il en existe notamment à Saint-Jean de Terre-Neuve.

Le militant indique que les escouades mixtes comme l’Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (EMRII) ou l’Équipe de soutien aux urgences psychosociales (ESUP) valent « mieux que rien ».

« Ça reste des policiers », fait valoir Alexandre Popovic en soulignant que les policiers eux-mêmes reconnaissent ne pas être les mieux placés pour intervenir auprès des personnes en état de crise psychosociale.

Une marche sans accrocs

Faisant mentir les discours entretenus par la police et les grands médias comme quoi la marche annuelle du COBP est infiltrée par des « casseurs » et vire généralement à l’émeute, la manifestation s’est déroulée dans le calme.

Le 20e anniversaire de la manifestation du COBP a été célébré avec une piñata à l’effigie d’un cochon vêtu d’un gilet pare-balles et de pantalons de clowns.

Contrairement aux années passées, la manifestation a été « tolérée » par le SPVM, malgré le fait que l’itinéraire n’avait pas été communiqué par les organisateurs et que bon nombre de protestataires étaient masqués. La marche, illégale en vertu du controversé règlement P6, s’est mise en branle sur le coup de 20 heures et a traversé une bonne partie du Plateau et du centre-ville sans incident majeur pour se terminer au square Cabot par une minute de silence à la mémoire des victimes de bavures policières.

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