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Tenez-vous le corps raide !

Histoire
Le 4505, de Lanaudière au début du XXe siècle.
Le 4505, de Lanaudière au début du XXe siècle. (Source : La carte postale provient du fond de la BNAQ)

Au début du XXème siècle, les vêtements « propres » étaient souvent empesés pour leur donner une belle allure. 

C’était l’époque de la chemise blanche en coton; donc à repassage obligatoire.  Les commis de bureau devaient se tenir le corps raide.

La photo qui présente cette chronique nous montre un petit bâtiment industriel qui était situé sur la rue De Lanaudière (anciennement rue Lasalle), côté est, tout juste au nord de l’avenue du Mont-Royal (ce serait actuellement au 4505) et il appartenait à la compagnie «Moulin Océan».  Cette compagnie, qui avait aussi d’autres petits bâtiments industriels répartis un peu partout dans le quartier, fabriquait toutes sortes de produits ménagers, dont le très fameux «empois chinois».

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On notera que le dessin de la boîte fait l’objet d’une marque déposée. (Source : L’image de la boîte d’empois provient de la collection du Centre d’Histoire de Montréal)

Un autre édifice de la même compagnie situé sur Christophe-Colomb, aussi au nord de Mont-Royal, fabriquait quant à lui, des marinades et de la moutarde préparée.  Les plus vieux du quartier se souviendront peut-être de l’odeur qui se répandait dans le voisinage lors des grosses chaleurs d’été.  Jeune garçon, j’étais allé me chercher un emploi d’été à cet endroit (à la fin des années cinquante, on n’était pas regardant sur l’âge des «travailleurs»); mais, en entrant, j’avais été littéralement assommé par l’odeur «effrayante» et âcre qui régnait dans ces lieux.  Probablement qu’en voyant mon air «spécial» on avait jugé que je ne ferais pas l’affaire!

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L’édifice de l’avenue Christophe-Colomb… qui sentait fort. (Source : Robert Cartier)

Mais revenons à notre empois chinois et surtout à sa boîte «légendaire».  Cette boîte avait la particularité de représenter un buandier chinois occupé à empeser des chemises lavées par ses soins (nous reviendrons plus tard à ces petites buanderies de quartier qui avaient toutes la même allure et aussi… les mêmes chinois).  Toujours est-il que sur la planche à repasser du chinois de l’illustration on retrouvait l’image d’une autre boîte d’empois chinois, qui reproduisait aussi le même arrangement et ainsi de suite ….jusqu’à l’infini.  Jeunes enfants nous étions fascinés par cet «effet d’optique» frôlant le fantastique.  Un mystère inoffensif de l’enfance!

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Ici on voit le «Charlie Woo First Laundry».  Cette buanderie ne logeait pas dans notre quartier, mais elle montre bien les caractéristiques de ces commerces. (Source : Musée McCord)

À cette époque, où la rectitude politique et les accommodements raisonnables n’étaient pas encore inventés, certaines mères québécoises tentaient de faire obéir les enfants turbulents en les menaçant de les livrer au «chinois d’la buanderie», s’ils étaient trop tannants.  Ces chinois, outre l’exotisme de leur race, de leur langue et de leur habillement, avaient aussi la particularité d’arborer (sans exception) une longue tresse, qui finissait de camper l’allure «terrifiante» du personnage.  Jeune enfant, j’étais donc moi aussi terrifié par cette réalité (même si, «trop sage», je n’avais jamais eu à subir de telles menaces de la part de ma mère).  Mon souvenir vague semble me dire que c’était, je crois, assez efficace.  Ce n’était pas trop gentil pour ces gens immigrés chez nous pour gagner leur vie et celle de leur famille, la plupart du temps demeurée en Chine.  Le pays était trop content d’en disposer pour construire la ligne de chemin de fer de l’ouest, mais ne voulait pas de leurs familles ici.  Cette situation a changé dans les années 1945, mais de fortes taxes leurs étaient toujours imposées pour faire venir leur famille.

Ces buanderies étaient toujours situées dans de petits locaux, où un espace minuscule était réservé au client venu prendre ses chemises.  Celles-ci étaient toutes bien emballées et rangées sur les tablettes.  Le reste du local était occupé par les installations de lessive, par l’odeur du savon et par la vapeur intense.

Ah oui ! N’allez surtout pas menacer vos enfants de les livrer au chinois… Vous vous retrouverez devant la DPJ.  Mais, de toutes façons, il n’y a plus de ce genre de buanderies.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

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