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12 parcs ayant des noms féminins dans le Plateau

Histoire, Vie de quartier
Lhasa de Sela
Lhasa de Sela (1972-2010), qui habitait sur le Plateau, a connu un succès mondial avec son album «La Llorona». (Photo: lhasadesela.com)

Si les femmes sont quasi absentes de la toponymie du Plateau, elles font meilleure figure dans les espaces verts, avec 18 % des dénominations.

pamplemousse.space.monolith.agency a analysé la carte du Plateau et le répertoire toponymique de Montréal. L’arrondissement du Plateau Mont-Royal compte 65 espaces verts, comme le rappelait notre dossier d’octobre et novembre dernier. Seulement douze se rapportent à des femmes, soit 18 % du total (la moyenne montréalaise est de 6 %).

Cela dit, outre le parc Jeanne-Mance, qui est un des grands parcs de Montréal, tous les autres espaces verts du Plateau portant des noms de femmes sont minuscules. Certains sont en fait des îlots de voirie ou servent à masquer des chemins de fer…

Voici la liste des dix noms d’espaces verts célébrant des femmes dans le Plateau, en ordre alphabétique :

1 De Bullion (entre de Bullion et de l’Hôtel-de-Ville, au nord de Prince-Arthur Est), 2830 m2

Rappelle la mémoire d’Angélique Faure, marquise de Bullion (1593-1662). Elle fournit à Jeanne Mance, en 1642, les moyens de fonder l’Hôtel-Dieu de Montréal. Ce parc comprend une aire de jeux.

2- du Carmel (angle Henri-Julien et du Carmel), 2769 m2

Le parc rappelle la présence de la communauté des Carmélites, installées dans leur monastère érigé en 1896 par l’architecte A. Préfontaine sur un terrain cédé en 1892 par W.E. Blumhart, fondateur du quotidien La Presse, juste au nord. Les Carmélites se sont installées à Montréal en 1875 à l’invitation de Mgr Ignace Bourget (1799-1885), après avoir été inspirées par une jeune Québécoise, Hermine Frémont (1851-1873). En 1939, Montréal achète le terrain pour en faire un parc, mais revend sa partie nord en 1987. Le monastère est classé monument historique en 2006. Trois ans auparavant, la quinzaine de Carmélites qui habitent encore au monastère songent à déménager. Elles décident de rester sur place après une immense controverse entourant la possible conversion de leurs installations en un complexe de condominiums. Le parc du Carmel comprend une aire de jeux, fonction qui a mené à sa création.

3- Denise-Morelle (rue Rivard, au nord de Marie-Anne), 530 m2

Dame Plume a son parc! La comédienne Denise Morelle (1926-1984) a incarné ce personnage-clé de cantatrice de l’émission pour enfants La Ribouldingue. Elle a aussi incarné la méchante sorcière de l’émission Fanfreluche. Denise Morelle est passée à l’histoire pour son rôle au théâtre, en 1952, dans « Les noces de sang » au sein de la troupe des Compagnons de Saint-Laurent. Elle a aussi joué dans la pièce « Les Grands départs » de Jacques Languirand. La comédienne a joué pendant 30 ans au théâtre, notamment au TNM, au cinéma (« Il était une fois dans l’Est ») et à la télé (« Symphorien », « Filles d’Ève », « Terre humaine »). Denise Morelle a été sauvagement assassinée le 17 juillet 1984 alors qu’elle visitait un logement qu’elle désirait louer. Son meurtrier a été trouvé 23 ans plus tard et condamné à une peine d’emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération avant une vingtaine d’années.

4- Hélène-Baillargeon (tourne-bride de la rue Hélène-Baillargeon, qui donne sur Saint-Denis, à l’est, juste au sud du chemin de fer du CP)

Cet îlot de voirie est situé au centre du rond-point à l’extrémité est de la rue Hélène-Baillargeon. Folkloriste, chanteuse et actrice, Hélène Baillargeon (1916-1997) est chercheuse au Musée canadien des civilisations à Ottawa au début des années 1950, chanteuse et hôtesse pour la radio et la télé de Radio-Canada les années suivantes. Durant la même période, elle joue dans le téléroman « Cap-aux-Sorciers » et enregistre plusieurs disques folkloriques. Elle animera pendant vingt ans les émissions « Songs de Chez nous » et « Chez Hélène », qui font connaître la culture francophone chez les anglophones du Canada. En 1973, elle est décorée de l’Ordre du Canada et siège comme juge à la Cour de la citoyenneté canadienne de 1974 à 1984. Un prix d’interprétation portant son nom est décerné par la Société du patrimoine d’expression du Québec.

5- Jeanne-Mance (entre Esplanade et du Parc, entre Mont-Royal et des Pins), 143 446 m2

Extension naturelle du parc du Mont-Royal vers l’est, le parc Jeanne-Mance est un des plus grands parcs de l’arrondissement. Nommé en l’honneur de Jeanne Mance (1606-1673), cofondatrice de Montréal et de l’Hôtel-Dieu, reconnue comme vénérable par l’Église catholique et fêtée le 18 juin. Fille d’une famille bourgeoise de la Bourgogne, elle remplace sa mère morte prématurément auprès de ses onze frères et sœurs avant de secourir les victimes de la guerre de Trente Ans et de la peste. À 34 ans, elle devient missionnaire en Nouvelle-France. Elle obtient le soutien d’Anne d’Autriche, épouse du roi Louis XIII, ainsi que des Jésuites, elle financera la construction de l’Hôtel-Dieu avec les dons de Mme de Bullion. Après un voyage de trois mois depuis La Rochelle, elle débarque en Nouvelle-France en 1641. Juste après la fonte des glaces sur le Saint-Laurent, elle accède à Montréal le 18 mai 1642 avec Paul Chomedey de Maisonneuve, elle érige les premiers bâtiments de Ville-Marie. Elle y soignera, dans des conditions difficiles, les bâtisseurs du premier fort et les soldats. En 1645, elle supervise l’érection du premier hôpital, un bâtiment de bois de 24 par 60 pieds, comptant six lits pour les hommes et deux pour les femmes. Neuf ans plus tard, elle construit un nouvel hôpital, avec l’aide des Sœurs Hospitalières. Sa dernière apparition officielle et la pose de la cinquième pierre angulaire de l’église de Ville-Marie, avec l’ensemble de sommités civiles et religieuses, le 30 juin 1672, un an avant sa mort.

Sa dépouille repose toujours dans la crypte de l’actuel Hôtel-Dieu de Montréal, rue des Pins. En novembre 2014, le pape François promulgue le décret la faisant vénérable, première des trois étapes menant à la canonisation. Il a fallu attendre en 2012 pour reconnaître à Jeanne Mance le statut de cofondatrice de Montréal. Elle fut désignée personnage historique national en 1998 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, et, en 2013, personnage historique par le ministère québécois de la Culture. Une statue de Jeanne Mance fait partie du Monument à Maisonneuve, à la Place d’Armes, et un bronze de Louis-Philippe Hébert, à son effigie, est situé devant l’Hôtel-Dieu, rue des Pins. Le parc Jeanne-Mance comporte des aires de jeux, des terrains de baseball, mini-soccer, soccer, tennis, volleyball de plage, une pataugeoire et une patinoire. Plusieurs axes cyclables majeurs le traversent.

6- Jeanne-Mance-Sherbrooke (rue Jeanne-Mance, quelques pas au nord de Sherbrooke), 930 m2

Ce tout petit espace vert, comportant deux bancs et un arbre, rappelle les rues Jeanne-Mance et Sherbrooke. Sir John Coape Sherbrooke (1764-1830) fut un militaire gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique de 1816 à 1818. Pragmatique, conciliant, il est appuyé tant par Londres que par les nationalistes francophones, au premier chef Louis-Joseph Papineau et Mgr Plessis, causant la surprise en nommant ce dernier au Conseil Législatif. La rue Sherbrooke est une des plus longues de Montréal et fut longtemps la limite nord de la Ville.

7- Jehane-Benoît (angle Berri et Cherrier, à l’ouest de Berri), 552 m2

Ce petit espace vert fut aménagé lors de la construction du métro et du viaduc de la rue Sherbrooke, enjambant Berri, en 1966. Il fut baptisé en l’honneur de Jehane Patenaude-Benoit (1904-1987), pionnière de l’enseignement de l’art culinaire. Issue d’une famille prospère de Westmount, elle parfait ses études culinaires à Paris et obtient même, en 1925, un diplôme de chimiste en alimentation de la Sorbonne. Au début des années 1930, elle ouvre une école de cuisine qui est aussi le premier restaurant végétarien au pays, offrant aussi le premier comptoir à salades, le Fumet de la Vielle France, qui connaît le succès. Dans les années 1960, elle devient une auteure à succès avec de nombreux livres de cuisine publiés en français et en anglais. Elle devient une vedette de la télévision canadienne-française et anglaise, comme animatrice, mais aussi porte-parole de plusieurs marques et des supermarchés Steinberg. En 1975, elle publie un de ses plus grands succès, « La cuisine au micro-ondes », qui se transformera plus tard en encyclopédie, contribuant au succès de cet appareil alors révolutionnaire. Elle remporte le Prix David en 1968 et fût faite officier de l’Ordre du Canada en 1973. En 2012, Marguerite Paulin et Marie Desjardins signent un roman biographique sur sa vie, « À la découverte de Jehane Benoît ».

8- de La Bolduc (rue Rivard), 567 m2

Ce tout petit parc stratégiquement situé sur Rachel rappelle une figure emblématique de la culture québécoise. Irlandaise née en Gaspésie, Mary Travers (1894-1941) s’établit à Montréal où elle épouse Édouard Bolduc en 1914. En 1928, elle connaît un succès instantané lorsqu’elle accepte de chanter in extrémis à une soirée de variétés au Monument-National. En quelques semaines, elle vend 10 000 copies du disque de sa chanson « La Cuisinière ». Elle compose ses propres chansons, des « turluteries », et s’accompagne elle-même au violon et à la musique à bouche. Lors de la pire crise économique de l’histoire, ses gigues racontant, souvent avec humour, le quotidien difficile de la classe ouvrière en fait une star : elle fera la tournée de tout l’est du continent pendant des années. On la considère comme la première véritable auteure-compositrice-interprète de la culture québécoise.

9- Lhasa De Sela (entre Saint-Urbain et Clark, au nord de la rue Bernard), 9000 m2

Baptisé en l’honneur de l’auteure-compositrice-interprète Lhasa de Sela (1972-2010), immigrée américaine de parents mexicains et russo-polonais, écrivains, photographes et professeurs. Elle sillonne les États-Unis et le Mexique avec ses parents pendant son enfance et commence à chanter du jazz à 13 ans dans un café grec de San Francisco. Début des années 1990, elle débarque à Montréal pour visiter certains de ses neuf frères et sœurs qui étudient à l’École nationale de cirque. Elle s’installe pour de bon avec ses sœurs dans un petit quatre et demi, rue Clark, et travaille comme serveuse sur la Main, se produisant aussi sur scène le soir en chantant du jazz et des airs mexicains. Elle rencontre le chanteur et multi-instrumentiste Yves Desrosiers, avec qui elle fera son premier album en 1997, « La Llorona », qui connaîtra un succès mondial. Elle lancera deux disques, « The Living Road » et « Lhasa » avant de succomber à un cancer du sein, qu’elle a combattu pendant deux ans. Le parc, qui comprend des aires de jeux et des jeux d’eau, fait l’objet de travaux majeurs d’agrandissement, qui le fera s’étendre jusque sous le viaduc de la l’avenue Van Horne, comme nous l’écrivions en juin dernier.

10- Thérèse-Daviau (rue Roy, entre Berri et Rivard), 1186 m2

Ce parc fut baptisé en l’honneur de Thérèse Daviau (1945-2002), politicienne élue sous la bannière du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) de Jean Doré en 1974 et en 1986. Elle sera parmi les trois premières femmes de l’histoire à siéger au conseil de ville de Montréal. Elle siège au comité exécutif de 1990 à 1994, responsable d’importants dossiers (incendies, sports et loisirs, lutte contre le racisme et contre la prolifération des armes nucléaires). Elle fut brièvement chef du RCM. Suite à la tuerie de l’École Polytechnique, où sa fille fait partie des 14 victimes, Thérèse Daviau milite activement pour le resserrement des armes à feu au Canada. Elle fut vice-présidente de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence. Depuis 2004, la Ville de Montréal décerne un prix en son honneur à une personne qui contribue à améliorer la vie sociale et politique de la métropole. 

11- Pauline-Julien (rue Pauline-Julien, entre Gerry-Boulet et Robert-Gravel)

Cet espace vert masque la voie ferrée du Canadien Pacifique. Pauline Julien (1929-1998), chanteuse, auteure et comédienne, est un personnage central de l’histoire de la culture québécoise. Elle a beaucoup chanté les compositeurs québécois et a contribué à leur rayonnement en France. Militante féministe et indépendantiste, elle fut emprisonnée lors de la Crise d’octobre 1970. Elle fut la compagne du poète et politicien Gérald Godin pendant plus de 30 ans. Elle a notamment joué dans les films « Bulldozer » de Pierre Harel et « La Mort d’un bûcheron » de Gilles Carle. Elle a habité le Plateau, rue Pontiac, pendant des décennies. Sa discographie comporte 26 albums et de nombreux succès et prix. Elle fut faite Chevalière de l’ordre national du Québec en 1997. En 1998, à 70 ans, elle s’enlève la vie, car atteinte d’aphasie, elle n’est plus capable de chanter. 

12- Place Roy (rue Roy, entre Saint-Christophe et Saint-André), 547 m2

En l’honneur de Marguerite Roy (1787-1857), épouse du notaire Jean-Marie Cadieux, dont la succession fait lotir la terre en donnant le nom des membres de sa famille aux rues et aux parcs, comme les rues Rachel et Marie-Anne. À la fin des années 1980, Montréal innove en lançant son premier concours d’art public afin d’aménager une place sur le thème de l’eau, pour rappeler que le site abritait autrefois un abreuvoir pour les chevaux. Le sculpteur Michel Goulet livre une table-fontaine mappe-monde et ses fameuses chaises, qui sont aussi installées au belvédère Léo-Ayotte, dans le parc La Fontaine, à l’extrémité de la rue Roy.

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