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Jamais deux sans trois… un dernier château

Histoire
La Villa Piedmont, en 1832.
La Villa Piedmont, en 1832. (Illustration: Musée McCord)

Il y a les châteaux de la Loire et il y a… les châteaux du Plateau.

Depuis deux semaines, on peut lire l’histoire de belles demeures du Plateau Mont-Royal. On vous a déjà parlé d’une demeure magnifique, angle Rachel et Christophe-Colomb. On vous a également fait découvrir la semaine dernière le château de la Famille Logan, angle Mont-Royal et Fabre. Eh bien, pour poursuivre sur cette lancée, en voici un autre, tout aussi beau et peut-être même encore plus romantique. Il se trouvait dans le Fletcher’s Field, à la hauteur de la rue Duluth, à l’ouest de l’Avenue du Parc, tout juste au sud de l’emplacement de l’actuel quartier général du Service des Incendies de la Ville de Montréal. Bien sûr, à l’époque de sa construction vers 1820, il est pratiquement seul sur le versant est de la montagne. 

Les grandes villas du XIXe siècle montréalais portent toutes un nom. Comme celle-ci est construite au pied de la montagne, son propriétaire l’appelle « Piedmont ». L’histoire nous dit qu’elle était parmi les premiers édifices ayant pavé la voie aux majestueuses villas du « Mille Carré Doré ».

La Villa Piedmont, en 1832.

Cette très belle illustration de James Duncan montre la villa « Piedmont », en 1832, avec son joli toit rouge, confortablement installée au pied de la montagne. Elle trône dans le paysage rural de ce secteur encore assez éloigné de la ville.

Son premier propriétaire, le juge Louis-Charles Foucher (1760-1829), l’habite pendant une dizaine d’années et, à sa mort, c’est John Frothingham (1788-1870) qui s’en porte acquéreur. Frothingham, américain d’origine et quincaillier de métier, voit son commerce prendre un essor fulgurant à la suite de son association avec William Workman en 1836. L’entreprise devient le quincaillier en gros le plus important d’Amérique du Nord. En 1859, il se retire des affaires et termine paisiblement sa vie à « Piedmont », en compagnie de sa fille Louisa, qui veille sur lui jusqu’à son décès. Elle lui avait fait le vœu de ne pas se marier et de veiller sur lui jusqu’à la fin. On le voit, sur la photo suivante, en 1862.

John Frothingham par Notman

John Frothingham par Notman. (Photo: Musée McCord)

En 1890, les terrains de la propriété sont achetés pour construire l’hôpital Royal Victoria. La villa est temporairement épargnée; mais elle est finalement démolie en 1939. 

Mais durant les 120 ans de son existence, force est d’admettre qu’il s’agit d’un bâtiment exceptionnel. Son implantation, son architecture et sa volumétrie en font un édifice particulier, qui n’offre pas du tout le même langage que les grandes villas qui s’implantent dans le Mille Carré Doré quelques années plus tard. Nous sommes ici résolument dans une architecture possédant le caractère d’une propriété rurale, par opposition aux autres villas qui sont souvent beaucoup plus en dialogue avec leur voisinage immédiat, plus urbain.

La photo suivante de 1863 nous montre probablement John, qui prend la pose sur le balcon arrière de la maison. Les atlas (voir plus loin) nous montrent la villa implantée dans l’axe de la future rue Durocher (qui n’est pas prolongée jusqu’à la villa et qui se termine plus tard à Des Pins) et, à la hauteur de la rue Duluth.

la villa du domaine Piedmont

La villa du domaine Piedmont. (Photo: Musée McCord)

Avec sa façade avant, la villa du domaine Piedmont nous offre une architecture d’une grande sobriété, imposante par ses dimensions, et tout à fait en accord avec son milieu. Curieusement, la résidence est orientée vers le nord et tourne donc le dos à la ville. Le terrain avant doit offrir à la vue un vaste dégagement puisque la prochaine construction se trouve à la hauteur de l’avenue du Mont-Royal. Cela plaisait sûrement plus ainsi, au constructeur de la villa.

La villa du domaine Piedmont.

La villa du domaine Piedmont. (Photo: Musée McCord)

Encore une photo de la façade arrière, mais vers 1885 cette fois. Le terrain est plus dégagé, mais la petite fontaine est toujours là. John Frothingham est décédé depuis 15 ans et c’est sa fille Louisa qui habite maintenant la villa.

La villa du domaine Piedmont.

La villa du domaine Piedmont. (Photo: Musée McCord)

La photo suivante nous montre l’intérieur de la villa Piedmont, ou l’on retrouve un décor, encore une fois assez simple, par opposition aux intérieurs victoriens qui sont sombres, très chargés et ostentatoires. Ici, on retrouve plutôt un intérieur relativement chaleureux, très lumineux, ouvert vers l’extérieur, et qui reflète parfaitement une vie de famille sans trop de fla-flas malgré la richesse qui baigne le domaine.

L'intérieur de la villa du domaine Piedmont.

L’intérieur de la villa du domaine Piedmont. (Photo: Musée McCord)

Sur l’extrait suivant de l’Atlas Goad de 1914, on peut voir la villa Piedmont, située tout près de la ligne du chemin ferré du funiculaire, qui est localisé dans l’axe de la rue Duluth. Cette attraction est un point d’intérêt majeur pour les Montréalais en quête de plein air et de verdure et qui veulent fuir la ville enfumée. Le funiculaire sera en fonction de 1885 à 1918. On voit la villa qui est située au bout d’un chemin qui se veut le prolongement projeté de la rue Durocher.

L'emplacement de la villa du domaine Piedmont sur une carte de 1914

L’emplacement de la villa du domaine Piedmont. (Source: Atlas Goad, 1914)

Cette autre vue, montrant de trois quarts, la façade principale de la villa, laisse aussi paraître quelques aménagements autour de l’édifice. Ces plantations nous rappellent que souvent, ces villas sont entourées de vergers et que surtout, l’effet qui se dégage de l’ensemble est des plus apaisant.

La villa du domaine Piedmont.

La villa du domaine Piedmont. (Photo: Musée McCord)

Sur la prochaine photographie, on peut détailler une vue aérienne du secteur. On y distingue l’avenue du Parc (à droite) et le monument de Sir Georges-Étienne Cartier. La villa est mise en évidence par une petite tache rouge qui permet de la situer dans son contexte et sa proximité avec le stade Molson de l’université McGill.

L'emplacement de la villa du domaine Piedmont.

L’emplacement de la villa du domaine Piedmont. (Photo: Archives de la Ville de Montréal)

Malheureusement, toute bonne chose a toujours une fin. On voit ici la villa Piedmont à la fin de sa vie. Elle sera démolie vers 1939 après avoir été vacante plusieurs années. On peut distinguer, à droite de la photographie, le tout nouveau quartier général du Service des Incendies de la Ville de Montréal. L’édifice vient d’être complété en 1933 et il a été réalisé dans le cadre du programme des travaux de la grande crise de 1929 entrepris par la ville.

La villa du domaine Piedmont, peu avant sa démolition, en 1939.

La villa du domaine Piedmont, peu avant sa démolition, en 1939. (Photo: Archives de la Ville de Montréal)

Avec la démolition de Piedmont, Montréal perd alors un domaine magnifique et une page importante de la vie sociale de la métropole est tournée, de même qu’une époque des grands domaines de la montagne qui se termine. L’autre château voisin, la Villa Bellevue, est déjà disparu depuis plusieurs années, emportées par la construction du stade. On en parlera éventuellement dans une suite de la description de cette saga des châteaux du Plateau.

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