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9 rues rappelant des femmes dans le Plateau

Histoire, Vie de quartier
Portrait de Jeanne Mance
Jeanne Mance, la cofondatrice de Montréal, a sa rue et son parc dans le Plateau. (Illustration: Archives nationales du Québec)

Outre trois ou quatre célébrités toponymiques, les femmes sont quasi absentes du Plateau : 95 % des noms de rue n’y sont pas féminins.

pamplemousse.space.monolith.agency a analysé la carte du Plateau et le répertoire toponymique de Montréal. L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal compte 161 dénominations de rues, d’avenues, de boulevards et de ruelles. Seulement dix se rapportent à des femmes, soit 5 % du total. Pour l’ensemble de Montréal, c’est 6 % de l’ensemble des toponymes.

Voici la liste noms de rues féminins dans le Plateau, en ordre alphabétique :

1— De Bullion

Angélique Faure, marquise de Bullion (1593-1662). Elle fournit à Jeanne Mance, en 1642, les moyens de fonder l’Hôtel-Dieu de Montréal. Un parc est aussi baptisé en son honneur.

2— du Carmel

L’avenue du Carmel et le parc du même nom rappellent la présence de la communauté des Carmélites, installées dans leur monastère érigé en 1896 par l’architecte A. Préfontaine sur un terrain cédé en 1892 par W.E. Blumhart, fondateur du quotidien La Presse, juste au nord. Les Carmélites se sont installées à Montréal en 1875 à l’invitation de Mgr Ignace Bourget (1799-1885), après avoir été inspirées par une jeune Québécoise, Hermine Frémont (1851-1873). En 1939, Montréal achète le terrain pour en faire un parc, mais revend sa partie nord en 1987. Le monastère est classé monument historique en 2006. Trois ans auparavant, la quinzaine de Carmélites qui habitent encore au monastère songent à déménager. Elles décident de rester sur place après une immense controverse entourant la possible conversion de leurs installations en un complexe de condominiums. Le parc du Carmel comprend une aire de jeux, fonction qui a mené à sa création.

3— Casgrain

Même si on pense à Thérèse Casgrain, décédée récemment, cette avenue rappelle la mémoire de Marie-Justine Casgrain (1804-1882), veuve du médecin Charles Butler Maguire, épouse le 11 mai 1829 le docteur Pierre Beaubien. Grand propriétaire terrien, celui-ci cède à la municipalité de la ville Saint-Louis plusieurs voies qu’il nomme Maguire, de Gaspé, Beaubien, Casgrain, Lauretta et Alma, d’après les membres de sa famille. À la fin du XIXe siècle, l’avenue Casgrain est comprise entre les avenues Laurier et Saint-Viateur.

4— Hélène-Baillargeon

Folkloriste, chanteuse et actrice, Hélène Baillargeon (1916-1997) est chercheuse au Musée canadien des civilisations à Ottawa au début des années 1950, chanteuse et hôtesse pour la radio et la télé de Radio-Canada dans les années 1950. Durant la même période, elle joue dans le téléroman « Cap-aux-Sorciers » et enregistre plusieurs disques folkloriques. Elle animera pendant vingt ans les émissions « Songs de Chez nous » et « Chez Hélène », qui font connaître la culture francophone chez les anglophones du Canada. En 1973, elle est décorée de l’Ordre du Canada et siège comme juge à la Cour de la citoyenneté canadienne de 1974 à 1984. Un prix d’interprétation portant son nom est décerné par la Société du patrimoine d’expression du Québec. Un espace vert porte aussi ce nom, à la hauteur du tourne-bride de cette rue.

5 Jeanne-Mance

La rue et le parc Jeanne-Mance ont été nommés en l’honneur de Jeanne Mance (1606-1673), cofondatrice de Montréal et de l’Hôtel-Dieu, reconnue comme vénérable par l’Église catholique et fêtée le 18 juin. Fille d’une famille bourgeoise de la Bourgogne, elle remplace sa mère morte prématurément auprès de ses onze frères et sœurs avant de secourir les victimes de la guerre de Trente Ans et de la peste. À 34 ans, elle devient missionnaire en Nouvelle-France. Elle obtient le soutien d’Anne d’Autriche, épouse du roi Louis XIII, ainsi que des Jésuites, elle financera la construction de l’Hôtel-Dieu avec les dons de Mme de Bullion. Après un voyage de trois mois depuis La Rochelle, elle débarque en Nouvelle-France en 1641. Juste après la fonte des glaces sur le Saint-Laurent, elle accède à Montréal le 18 mai 1642 avec Paul Chomedey de Maisonneuve, elle érige les premiers bâtiments de Ville-Marie. Elle y soignera, dans des conditions difficiles, les bâtisseurs du premier fort et les soldats. En 1645, elle supervise l’érection du premier hôpital, un bâtiment de bois de 24 X 60 pieds, comptant six lits pour les hommes et deux pour les femmes. Neuf ans plus tard, elle construit un nouvel hôpital, avec l’aide des Sœurs Hospitalières. Sa dernière apparition officielle est à la pose de la cinquième pierre angulaire de l’église de Ville-Marie, avec l’ensemble de sommités civiles et religieuses, le 30 juin 1672, un an avant sa mort.

Sa dépouille repose toujours dans la crypte de l’actuel Hôtel-Dieu de Montréal, rue des Pins. En novembre 2014, le pape François promulgue le décret la faisant vénérable, première des trois étapes menant à la canonisation. Il a fallu attendre en 2012 pour reconnaître à Jeanne Mance le statut de cofondatrice de Montréal. Elle fut désignée personnage historique national en 1998 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, et, en 2013, personnage historique par le ministère québécois de la Culture. Une statue de Jeanne Mance fait partie du Monument à Maisonneuve, à la Place d’Armes, et un bronze de Louis-Philippe Hébert, à son effigie, est situé devant l’Hôtel-Dieu, rue des Pins. Le parc Jeanne-Mance comporte des aires de jeux, des terrains de baseball, mini-soccer, soccer, tennis, volleyball de plage, une pataugeoire et une patinoire. Plusieurs axes cyclables majeurs le traversent.

6— Marie-Anne

En 1834, le notaire Jean-Marie Cadieux de Courville (1780-1827) lotit sa terre et y ouvre huit rues auxquelles il donne le nom des membres de sa famille. Parmi celles-ci, on trouve la rue Marie-Anne, qui rappelle sa belle-sœur, Marie-Anne Roy, épouse d’Hippolyte Cherrier. Cette rue est parallèle à la rue Henriette, ouverte en même temps et nommée d’après une des filles du notaire Cadieux. Le développement plus rapide de la rue Marie-Anne entraîne cependant la disparition de la petite rue Henriette. La section de cette rue, à l’ouest du boulevard Saint-Laurent, est cédée par la succession de Stanley Clark Bagg, le 27 novembre 1875.

7— Pauline-Julien

On a donné le nom d’une rue et d’un espace vert, masque la voie ferrée du Canadien Pacifique, à cette célèbre artiste. Pauline Julien (1929-1998), chanteuse, auteure et comédienne, est un personnage central de l’histoire de la culture québécoise. Elle a beaucoup chanté les compositeurs québécois et a contribué à leur rayonnement en France. Militant féministe et indépendantiste, elle fut emprisonnée lors de la Crise d’Octobre 1970. Elle fut la compagne du poète et politicien Gérald Godin pendant plus de 30 ans. Elle a notamment joué dans les films « Bulldozer » de Pierre Harel et « La Mort d’un bûcheron » de Gilles Carle. Elle a habité le Plateau, rue Pontiac, pendant des décennies. Sa discographie comporte 26 albums et de nombreux succès et prix. Elle fut faite Chevalière de l’ordre national du Québec en 1997. En 1998, à 70 ans, elle s’enlève la vie car, atteinte d’aphasie, elle n’est plus capable de chanter. 

8— Rachel

En 1834, la succession du notaire Jean-Marie Cadieux de Courville (1780-1827) fait lotir sa terre et y fait tracer, par l’arpenteur Charles Laurier, les rues auxquelles elle donne les noms des membres de la famille Cadieux. Cette rue rappelle la fille du notaire, Rachel (1814-1879). L’époux de celle-ci, l’avocat Jean-Baptiste Chamilly de Lorimier, membre des Fils de la Liberté participe aux événements de 1837-1838, mais échappe à l’emprisonnement en se réfugiant aux États-Unis, jusqu’en 1843.

9— Roy

Il existe une rue et une place Roy dans le Plateau, en l’honneur de Marguerite Roy (1787-1857), épouse du notaire Jean-Marie Cadieux, dont la succession fait lotir la terre en donnant le nom des membres de sa famille aux rues et aux parcs, comme les rues Rachel et Marie-Anne. À la fin des années 1980, Montréal innove en lançant son premier concours d’art public afin d’aménager une place sur le thème de l’eau, pour rappeler que le site abritait autrefois un abreuvoir pour les chevaux. Le sculpteur Michel Goulet livre une table-fontaine mappe-monde et ses fameuses chaises, qui sont aussi installées au belvédère Léo-Ayotte, dans le parc La Fontaine, à l’extrémité de la rue Roy.

 

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