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Préjugés et discrimination à l’encontre des élèves de l’école de quartier

Éducation, Lettres des lecteurs
Les jeunes de l'école secondaire jeanne-Mance sont confrontés aux préjugés des certains commerçants, dénonce un élève.
Les jeunes de l’école secondaire jeanne-Mance sont confrontés aux préjugés des certains commerçants, dénonce un élève. (photos : Elliot Vaxelaire, collaboration spéciale)

Alors que le sous-financement des écoles de quartier fait la manchette, nous publions une lettre d’un élève de l’école secondaire Jeanne-Mance qui dénonce la discrimination à laquelle les élèves de son école sont confrontés dans des magasins du quartier.

Photo : Elliot Vaxelaire, collaboration spéciale

Imaginez que, durant la pause du midi, vous sortez de votre école pour aller vous promener dans ses alentours, entrez dans un magasin et vous en faire interdire l’entrée. C’est un exemple de la manière par laquelle un élève de l’école secondaire Jeanne-Mance peut être traité dans le voisinage de son établissement scolaire. Je me suis fait personnellement interdire l’accès d’un magasin, car un autre élève s’y trouvait déjà et je devais attendre qu’il en sorte avant de pouvoir y accéder moi-même. On se demande pourquoi et comment il se fait qu’un établissement agisse de la sorte.

En posant la question, l’employé du magasin m’a répondu, sur un ton vulgaire et méprisant, que nous (les jeunes) sommes considérés comme un tout, comme une population dont les valeurs sont apparemment inexistantes étant donné que, d’après la mentalité de ce magasin, nous sommes tous, sans exception, des voleurs. Ainsi, l’uniforme scolaire que les étudiants devraient porter avec fierté à l’extérieur de l’école est finalement devenu un outil pour la population avoisinante pour nous mettre de côté.

Pour protéger leurs intérêts, les enseignes n’hésitent pas à faire de la généralisation abusive et à mettre l’ensemble des élèves de l’école dans le même sac. De ce fait, en fin de compte, beaucoup d’élèves subissent cette situation régulièrement et depuis qu’ils sont en 1re secondaire. C’est-à-dire que dès l’âge de 12 ans, des élèves peuvent subir des gestes discriminatoires à cause de l’établissement scolaire duquel ils viennent. Et on parle bien de discrimination ici, même s’il est difficile de l’admettre.

Nous avons déjà pu observer des cas de discrimination quant à l’ethnie ou la religion, et ces situations étaient grandement prises au sérieux par la société. Dans mon cas, on parle d’une double discrimination : basée sur l’âge (des adolescents) et la provenance (l’école du quartier). Étrangement, cela a beaucoup moins d’importance aux yeux de la population…

C’est bien malheureux, car je trouve cela très blessant, salissant et humiliant d’être insulté comme j’ai pu l’être alors que je m’en allais tout simplement faire quelques achats. Il est surtout difficile pour moi de ne pas réagir à cette situation alors que des élèves, mes amis, mes semblables finalement, sont les premiers à être blessés par ces gestes ou ne réagissent même plus à ces actes discriminatoires par habitude.

Voici deux ans que je travaille avec acharnement sur un projet qui me tient très à cœur : améliorer l’estime personnelle des élèves, leur confiance en eux, mais également leur sentiment d’appartenance envers leur école. Je mets particulièrement un point d’honneur sur ce dernier élément, car il faut que chaque personne soit fière et mette en valeur l’endroit où elle passera une partie de sa vie.

Photo : Elliot Vaxelaire, collaboration spéciale.

C’est par la photographie que j’essaye de révéler la beauté de chacun dans diverses activités récréatives ou académiques. C’est en les publiant ensuite sur les supports médiatiques officiels de l’école que les élèves peuvent apercevoir l’engouement positif qui peut se faire autour de leur accomplissement. Ils peuvent donc être fiers d’avoir accompli un certain travail, mais aussi de l’avoir accompli au sein de l’école secondaire Jeanne-Mance. Où je veux en venir? Tout simplement que si je travaille fort pour que les élèves aient un meilleur sentiment d’appartenance, mais qu’en contrepartie ils sont discriminés à l’extérieur de l’établissement, appartenir à l’école est plus un désavantage qu’un avantage et par conséquent, tout le travail que j’ai fourni ne sert plus à rien.

Il est donc primordial que chacun (particulièrement les commerçants) prenne un moment pour réfléchir à cette situation et qu’un travail de discernement soit fait. Il ne faut pas généraliser comme l’employé du magasin l’a fait. Ce n’est pas à tous les élèves de payer pour les bêtises de certains, mais bien aux magasins de prendre les mesures nécessaires pour corriger les vols sans avoir d’impact sur le reste des consommateurs. Un changement de mentalité doit être observé, car celle qui existe n’apportera rien de bon au développement de la population et au climat social du Plateau!

Elliot Vaxelaire, photographe et étudiant en secondaire 5 international

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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