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Un château sur le Plateau

Histoire
Le château du dentiste Adolphe L'Archevêque à la fin du XIXème siècle.
Le château du dentiste Adolphe L’Archevêque à la fin du XIXème siècle – détail. (Photo: fonds de la Famille L’Archevêque de la collection de Gaétan Sauriol)

Quand on pense villas et grandes maisons bourgeoises, notre souvenir  nous entraîne rapidement vers le « Mille Carré Doré » ou dans les quartiers cossus des flancs du mont Royal. Mais quand on voit cette image, pouvez-vous imaginer pareil château dans le Plateau Mont-Royal?

Avez-vous une petite idée où  il pouvait bien se retrouver?  Je vous le donne en mille.

château Plateau B

Le château du dentiste Adolphe L’Archevêque à la fin du XIXème siècle. (Photo: fonds de la Famille L’Archevêque de la collection de Gaétan Sauriol)

Peut-être avec cet autre indice…un détail de la photo précédente montrant le rez-de-chaussée?

Le château du dentiste Adolphe L'Archevêque à la fin du XIXème siècle. - détail.(Photo: fonds de la Famille L’Archevêque de la collection de Gaétan Sauriol)

Le château du dentiste Adolphe L’Archevêque à la fin du XIXème siècle – détail. (Photo: fonds de la Famille L’Archevêque de la collection de Gaétan Sauriol)

On peut alors voir qu’il s’agit du cabinet professionnel et de la résidence de la famille du dentiste Adolphe L’Archevêque.  Cet édifice absolument époustouflant était situé angle Christophe-Colomb et Rachel (ou parc La Fontaine si vous préférez). L’immeuble est imposant et on peut l’apercevoir sur certains clichés présentant des silhouettes du panorama du parc La Fontaine. La photographie a été fournie par Monsieur Gaétan Sauriol (un membre de la Société d’histoire et de généalogie du Plateau Mont-Royal), dont la famille est apparentée à la famille L’Archevêque.

On constate immédiatement que cette architecture se démarque des autres immeubles du quartier.  L’architecte a bien sûr voulu tirer profit du fait que la façade ouest est très visible depuis l’axe de la rue Rachel. À la fin du XIXème siècle, il faut se rappeler que la rue Rachel possède toujours les caractéristiques de la rue principale de l’ancien Village de Saint-Jean-Baptiste. La résidence, qui occupe parfaitement l’axe de la perspective de cette belle rue, jouit donc d’une visibilité exceptionnelle.

L’immeuble profite également des généreuses perspectives et dégagements offerts par les dimensions inhabituelles de ce carrefour. Son vis-à-vis, qui lui permet de partager la qualité extraordinaire de l’espace vert offert par le parc de l’autre côté de la rue, a aussi incité le propriétaire et son architecte à vraiment tirer profit de tous ces avantages afin de produire une architecture qui se démarque. Bien sûr, il y a une certaine profusion de détails, mais l’ensemble reste dans les goûts de l’époque.

La présence du cabinet de dentiste, très fortement exprimée au rez-de-chaussée, ne jure pas du tout avec la facture générale du bâtiment et permet même de mettre en vedette les niveaux supérieurs logeant la résidence.

On remarquera surtout l’escalier monumental, la tourelle d’angle avec ses petites colonnettes de granit, le balcon supérieur central formant loggia pour l’entrée principale, et bien sûr l’ouvrage très élaboré de la tôlerie formant corniches et parapets au toit. Un oriel, sur la façade Christophe-Colomb, apporte une certaine fantaisie et donne du caractère à cette face autrement beaucoup plus sobre. Le balcon familial, plus privé, situé à l’étage à la droite de la façade, est quant à lui constitué de menuiseries très finement ouvragées. C’est un véritable château!

ALORS??

Voici le traitement que l’on réservait aux châteaux qui gênaient le développement immobilier au tournant des années 1960. Peut-on imaginer pareil carnage? Ce n’est pas Palmyre, mais c’est un peu du même ordre. Il ne reste que des ruines et la porte béante, par laquelle tant de rages de dents sont allées quérir la clémence du dentiste.

Château L'Archevesque en démolition durant les années 1960, rue Rachel

Le fameux château, ou ce qui en reste, durant les années 1960. (Photo: Alfred Bohns, sur son site sur Flickr; album Montréal).

Sur la photo suivante, on voit le mur latéral de la caserne 16, à l’angle de Rachel et Christophe-Colomb. La ville change souvent à notre insu. Ce fameux zonage « New-Yorkais » des années 1960 n’a heureusement pas fait long feu. Il aura néanmoins fait quelques dégâts en chemin.

château Plateau E

Mur latéral de la caserne 16. (Photo: Gabriel Deschambault)

Ici on voit l’immeuble qui a remplacé notre château.  C’est beau, Hein?

L'immeuble du 1101, Rachel est. (Photo: Gabriel Deschambault)

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