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Cultiver les légumineuses ancestrales

Environnement
Lyne Bellemare (au centre) semencière artisanale et fondatrice de Terre Promise, lors de l'évènement Cultivons le Plateau, la fin de semaine dernière. (photo: Marie-Eve Cloutier)
Lyne Bellemare (au centre) semencière artisanale et fondatrice de Terre Promise, lors de l’évènement Cultivons le Plateau, la fin de semaine dernière. (photo: Marie-Eve Cloutier)

Bien connues des végétariens et des végétaliens pour remplacer la viande, les légumineuses sont souvent boudées des autres régimes. « En alimentation, les légumineuses ne sont pas très “sexy”! » dira même Lyne Bellemare lors d’une conférence sur les légumes rares et oubliés du Québec, pendant le festival d’agriculture urbaine Cultivons le Plateau, le 28 mai.

Haricots, pois ou bines, blanc, noir ou rouge, Lyne Bellemare chérit ses légumineuses comme des petites billes précieuses. Il faut dire qu’en tant que semencière artisanale, elle travaille fort pour assurer leur conservation. Elle espère aussi transmettre sa passion pour ces cultures ancestrales (et pas juste celle des légumineuses!) via son site web Terre Promise.ca.

75% de nos variétés disparues

Lorsqu’elle travaillait pour Semences du patrimoine du Canada, Lyne Bellemare a remarqué qu’il existait une demande pour des variétés de semences locales. Par contre, il était vraiment difficile de se les procurer.

« De 75 à 90 % des variétés locales ont disparu depuis un siècle. Ce qu’on retrouve sur le marché, ce sont des semences choisies et sélectionnées pour convenir aux magasins de type grande surface. Souvent, les semences viennent des États-Unis ou d’ailleurs, donc elles ne sont aucunement locales », fait valoir la semencière.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Lyne Bellemare a décidé de démarrer sa propre entreprise. Mais, comment faire pour retrouver ces variétés perdues? « Il faut aller voir chez les particuliers qui se passent des semences de génération en génération! » répond la conférencière.

Ainsi, on arrive à nouveau à cultiver le haricot Kahnawake mohawk, le pois-fève Laliberté ou encore le haricot abénakis, pour n’en nommer que quelques-uns.

Les variétés de semences de Lyne Bellemare. (photo: Marie-Eve Cloutier)

Les variétés de semences de Lyne Bellemare. (photo: Marie-Eve Cloutier)

« Le haricot mohawk était cultivé par les Premières Nations iroquoises de Kahnawake. C’est celui qui était utilisé dans la méthode de culture des trois sœurs, où le maïs servait de tuteur aux haricots, avec de la place pour faire pousser des courges à la base des plants. Cette légumineuse est tellement productive et a grimpé si haut à la fin de la saison dernière que nos tuteurs n’ont pu résister et sont tombés, sous le poids des plants », raconte Lyne Bellemare.

Quand l’industrie s’en mêle

Les semences produites par Lyne Bellemare sont toutes à pollinisation libre. Autrement dit, si vous récoltez les graines de vos fruits et légumes à la fin de la saison, vous pourrez les semer à nouveau l’année suivante. La plante aura aussi la même « bine » que le plant mère (blague de légumineuses, vous l’avez saisie?)

Ceci n’est pas tout à fait vrai avec les semences commerciales.

« Dans ce cas, il s’agit souvent de semences hybrides où il a été question de croiser, si l’on prend par exemple le maïs, un plant “A” bien gros et résistant, mais peu goûteux, avec un petit plant “B”, sucré et savoureux. On obtient donc un maïs “C” qui représente la moyenne de ces caractéristiques », explique Lyne Bellemare.

Et si l’on tente de semer les graines obtenues de ces hybrides, on risque d’avoir l’année suivante un maïs qui va ressembler soit à A, B ou C… ou rien du tout, puisque ces grands semenciers souhaitent que vous continuiez à vous approvisionner en semences du commerce. Les semences hybrides sont généralement identifiées avec l’indication F1 ou H1 sur les sachets.

Et qu’en est-il des OGM? « Les semences OGM sont généralement réservées pour les grandes cultures, comme le canola, le maïs ou le soja », précise Lyne Bellemare. Si l’on fait affaire avec les petits semenciers, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter.

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