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Sacré-Coeur… un hôpital né sur le Plateau

Histoire
Premier bâtiment de « l’hôpital du Sacré-Cœur », sur la rue Pontiac. (photo : photo Gabriel Deschambault)
Premier bâtiment de « l’hôpital du Sacré-Cœur », sur la rue Pontiac. (photo : photo Gabriel Deschambault)

Un jour, je vous parlerai de la fondation, sur la rue Saint-Denis, du grand hôpital Sainte-Justine pour les enfants malades. Une histoire fabuleuse. Mais en attendant, laissez-moi vous raconter l’histoire, pas banale non plus, d’un autre grand hôpital montréalais, l’hôpital du Sacré-Cœur.

Saviez-vous que lui aussi a été fondé sur la Plateau, en 1898, soit il y a maintenant 118 ans ?  Ce n’est pas pour nous vanter (on se moque déjà suffisamment des résidants du Plateau comme c’est là, ce n’est quand même pas nécessaire d’en rajouter!), mais force est de constater que les résidants de notre quartier étaient pas mal entreprenants. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agirait plutôt de résidantes; car nous parlerons des sœurs Georgiana et Léontine Généreux, demeurant sur la rue Pontiac. Souvenons-nous que pour Sainte-Justine, c’étaient aussi des femmes qui étaient à l’origine du projet d’hôpital pour enfants. Ah! les femmes du Plateau! Mais revenons à Sacré-Cœur (qui a mis un certain temps avant de s’appeler Sacré-Cœur).

L’histoire nous indique que ce nouvel hôpital a pour mission « d’accueillir les malades pauvres et “incurables” : cancéreux, tuberculeux, invalides et autres malades indigents n’ayant aucun espoir de guérison et ne pouvant trouver place dans les hôpitaux ».

C’est un document de 1927, rédigé par sœur Marie-Abel (sœur de la Providence), à l’occasion du décès de Monsieur Napoléon Généreux, le père des deux fondatrices, qui nous met la puce à l’oreille. Sœur Abel y souligne l’apport de la famille Généreux dans l’historique de l’hôpital et, si l’on se réfère aux atlas et aux annuaires du début du XXe siècle, on peut ainsi suivre à la trace, les pérégrinations des sœurs Généreux et de leur « hôpital des Incurables ». Plongeons-nous donc dans ce récit particulier tel que relaté par notre guide religieuse. Le document nous a été communiqué par Monsieur Robert Caron qui est un membre de la Société d’histoire du Plateau, mais surtout un amoureux de l’histoire de la ville.

Le document nous dit : « Quand, en 1898, les demoiselles Généreux résolurent, avec l’approbation et la bénédiction de l’Archevêque de Montréal, Mgr Bruchési, de vouer leur vie aux soins des Incurables, leurs vertueux parents les secondèrent en leur cédant leur propre logis, situé rue Pontiac ». La copie de l’atlas plus bas, nous montre le logement au 93 de la rue Pontiac (point rouge), au nord de Bienville (il s’agit bien sûr de l’ancienne numérotation civique). L’annuaire Lovell de cette année-là nous dit qu’on y trouve « L’hôpital Saint-Joseph ».

Premier bâtiment de « l’hôpital du Sacré-Cœur », sur la rue Pontiac. (photo : photo Gabriel Deschambault)

Premier bâtiment de « l’hôpital du Sacré-Cœur », sur la rue Pontiac. (photo : Gabriel Deschambault)

C’est donc dans cette maison de la rue Pontiac, au nord de la rue Bienville, que serait né l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. (Cliquez sur les photos ou les cartes, pour afficher une image plus claire et de bon format.)

Carte montrant avec un point rouge l’emplacement de la maison des Généreux sur la rue Pontiac. (source : BAnQ - annuaire des atlas)

Carte montrant avec un point rouge l’emplacement de la maison des Généreux sur la rue Pontiac. (source : BAnQ – annuaire des atlas)

Quelque temps plus tard, ce lieu devenu insuffisant, les demoiselles Généreux et leurs compagnes durent se déplacer dans une maison de la rue Clark, au sud de Sherbrooke, où l’on retrouvera un hôpital de neuf lits. Les annuaires mentionnent que le logement est occupé en 1898 par « G. Généreux, dressmaker ». On présume que le bail est signé par elle.

Étant devenu trop petit, ce deuxième local a dû être remplacé par un nouveau, plus spacieux, rue Saint-Denis. L’annuaire Lovell de cette époque nous indique que l’hôpital logeait maintenant au 1116, rue Saint-Denis (ancienne numérotation), tout juste au nord de Marie-Anne, soit en plein milieu du Renaud-Bray qui est situé aujourd’hui à cet endroit. L’hôpital compte alors une douzaine de lits.

Carte montrant le deuxième emplacement du petit hôpital sur la rue Saint-Denis, à l’emplacement de l’actuel Renaud-Bray. (source : BAnQ - annuaire des atlas)

Carte montrant le deuxième emplacement du petit hôpital sur la rue Saint-Denis, à l’emplacement de l’actuel Renaud-Bray. (source : BAnQ – annuaire des atlas)

Ayant dû affronter des maladies et faisant face à un financement très difficile, le personnel de ce petit hôpital fut confronté à une première grande difficulté et c’est alors que Mgr Bruchési demanda aux sœurs de la Providence, de prendre la relève des demoiselles Généreux en 1899. C’est finalement en 1900 que les sœurs feront l’acquisition du monastère des Sœurs du Précieux-Sang (angle Décarie et Chemin de la Côte-Saint-Luc). Le nouvel hôpital (voir plus bas) fut inauguré en 1902 et pouvait accueillir de 350 à 375 malades. On notera malgré tout qu’il ne s’écoule que 4-5 ans entre la fondation par les sœurs Généreux et la mise en place de l’hôpital de NDG. C’est très bref et probablement que l’arrivée des sœurs de la Providence dans le décor n’est pas étrangère à cette évolution rapide. Il ne faut pas oublier que les communautés religieuses étaient, en ces temps, de redoutables et efficaces gestionnaires des mandats qu’on leur confiait.

(source : BAnQ  -  fonds E.Z. Massicotte)

(source : BAnQ  –  fonds E.Z. Massicotte)

Ce magnifique bâtiment fut malheureusement détruit par le feu en mars 1923. Les sœurs de la Providence se portèrent par la suite acquéreuses d’un terrain à Cartierville et elles y construiront l’édifice que l’on connaît aujourd’hui, conception des architectes Viau et Venne. L’actuel hôpital du Sacré-Cœur fut inauguré en 1926. De 1923 à 1926, plusieurs malades résidèrent dans une aile arrière qui avait été épargnée par le feu. Ce bâtiment existe toujours.

(source :  La photo provient du site IMtl)

(source :  la photo provient du site IMtl)

Les notes historiques de l’hôpital nous disent que : « L’hôpital compte 600 lits dont 300 sont affectés aux soins des “Incurables” (cancéreux et autres malades chroniques) et 300 aux personnes atteintes de tuberculose qui sévit à l’état endémique au Québec à cette période ».

(source :  photographies tirées du livre « Mission Montréal »)

(source :  photographies tirées du livre « Mission Montréal »)

Des jeunes femmes qui sont entreprenantes et qui vont au bout de leurs projets malgré les embuches. Aujourd’hui, créer un hôpital, ça prend beaucoup de monde, beaucoup d’argent et surtout beaucoup de temps.

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