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Hein! Des « bécosses » sur le Plateau?… Voyons donc!

Histoire
Vue arrière des petites maisons du Côteau Saint-Louis. (photo : BAnQ Fonds Edgar Gariépy)
Vue arrière des petites maisons du Côteau Saint-Louis. (photo : BAnQ Fonds Edgar Gariépy)

Eh oui! Au début du 20e siècle, il existe encore des « bécosses » à Montréal. Pouvez-vous imaginer cela? Pour ceux qui pourraient l’ignorer, une « bécosse » était en fait une fosse d’aisances qui était située à l’extérieur des maisons et la plupart du temps dans les hangars ou la cour arrière; d’où l’origine de son nom qui vient de l’anglais « backhouse » (à l’arrière de la maison).

Cette vue nous montre l’arrière des petites maisons du Côteau Saint-Louis, habitées par les familles des « carriers » (les tailleurs de pierre) qui étaient situées rue Berri tout juste au sud de l’actuelle rue Saint-Grégoire. Construites au milieu du 19e siècle, ces logis n’étaient évidemment pas pourvus de toilettes intérieures. On voit ici, adossée au mur de la maison de gauche, une de ces « fameuses » bécosses. (voir détail plus loin). (photo : BAnQ Fonds Edgar Gariépy)

Cette vue nous montre l’arrière des petites maisons du Côteau Saint-Louis, habitées par les familles des « carriers » (les tailleurs de pierre) qui étaient situées rue Berri tout juste au sud de l’actuelle rue Saint-Grégoire. Construites au milieu du 19e siècle, ces logis n’étaient évidemment pas pourvus de toilettes intérieures. On voit ici, adossée au mur de la maison de gauche, une de ces « fameuses » bécosses. (voir détail plus loin). (photo : BAnQ Fonds Edgar Gariépy)

L’aspect sanitaire de l’aménagement et du développement d’une ville est souvent méconnu ou plus souvent occulté; mais il n’est pas à négliger loin de là. Pendant tout le 19e siècle, la ville de Montréal fera de grands efforts pour doter la ville d’un système d’aqueduc et d’égouts efficace. Cela est nécessaire afin de gérer les nombreux ruisseaux, les eaux de pluie et aussi afin d’assécher des terrains marécageux impossibles à construire. À l’origine, le territoire du Plateau comporte de nombreux marécages. En 1856, l’eau courante arrivera dans les logements montréalais; il faudra donc aussi songer à s’occuper des rejets domestiques conséquents.

On voit sur ce gros plan cette installation sanitaire. Au moment où cette photo est prise, dans les années 1950, il est plausible de penser que le progrès a rattrapé ces vieilles demeures et que des W.C. existent à l’intérieur puisqu’on semble distinguer des évents de plomberie sur les toits. On a peut-être depuis transformé l’ancienne bécosse en hangar. (photo : BAnQ Fonds Edgar Gariépy)

On voit sur ce gros plan cette installation sanitaire. Au moment où cette photo est prise, dans les années 1950, il est plausible de penser que le progrès a rattrapé ces vieilles demeures et que des W.C. existent à l’intérieur puisqu’on semble distinguer des évents de plomberie sur les toits. On a peut-être depuis transformé l’ancienne bécosse en hangar. (photo : BAnQ Fonds Edgar Gariépy)

Vers 1872, c’est l’apparition des « water-closets » et la ville réglemente également l’installation des fosses d’aisances qui subsistent : « Pour installer une fosse d’aisance, le propriétaire doit creuser dans la cour une tranchée de 4 à 5 pieds de profondeur, sur une largeur suffisante pour qu’il y ait un siège et un cabinet pour chaque logement. Ensuite, il doit y enfoncer une boîte de bois étanche faite de planches ou de madriers goudronnés et calfeutrés. Au moins un pied de cette boîte dépassera de terre afin d’éviter que les eaux de surface ne s’y infiltrent. Ces fosses peuvent être reliées à l’égout. » Voilà! vous savez comment fabriquer une ‘’bécosse’’. Mais, à partir de 1887, on ne pourra plus en construire de nouvelles (malheureusement pour vos talents de bricoleurs!).

En 1891, il existe encore 8528 « bécosses » à Montréal; en 1904 (hier; en quelque sorte), il en existe toujours 1068. Il y a environ 325 000 personnes à Montréal. C’est le progrès qui s’installe tranquillement!

Après avoir montré la situation dans le contexte « rural » du Côteau Saint-Louis, voici de quoi avaient l’air les bécosses dans un milieu plus urbain. Ici la photo nous montre une cour intérieure de la rue Demontigny en 1957 dans le quartier du Red Light; alors que la ville s’apprête à démolir le secteur afin de construire le Plan Dozois (les Habitations Jeanne-Mance). Les compartiments que l’on voit à droite des enfants sont les vestiges des anciennes latrines. (photo : Archives de la Ville de Montréal)

Après avoir montré la situation dans le contexte « rural » du Côteau Saint-Louis, voici de quoi avaient l’air les bécosses dans un milieu plus urbain. Ici la photo nous montre une cour intérieure de la rue Demontigny en 1957, dans le quartier du Red Light; alors que la ville s’apprête à démolir le secteur afin de construire le Plan Dozois (les Habitations Jeanne-Mance). Les compartiments que l’on voit à droite des enfants sont les vestiges des anciennes latrines. (photo : Archives de la Ville de Montréal)

Pendant ce temps, dans nos villes et villages de banlieues, on utilise beaucoup (pour le drainage) les nombreux ruisseaux que l’on trouve sur le territoire. Le ruisseau de la ferme Logan par exemple (les futurs étangs du parc La Fontaine) a ainsi longtemps servi « d’égout à ciel ouvert ». Les petites villes de banlieues comme Côte-Saint-Louis et Saint-Jean-Baptiste s’en fichent un peu puisque ces ruisseaux sont pris en charge, en contre-bas, par la ville de Montréal. Cela finit par user la patience de la Ville et ces villages finiront par devoir signer des contrats d’utilisation des égouts montréalais. Sur le Plateau, vous le savez, le niveau du roc est très haut et toute volonté de creuser un égout signifie souvent d’avoir à dynamiter et procéder à des travaux majeurs et coûteux.

Ce sera l’incapacité d’assumer ces frais et par conséquent de pouvoir offrir une situation sanitaire acceptable à leurs citoyens, qui obligera les petites structures municipales à s’annexer à la grande ville.

Le sujet est largement traité dans le livre « Questions d’égouts », de l’auteur Robert Gagnon, historien et professeur à l’UQAM, édité chez Boréal. Les informations de la présente page s’inspirent en partie de la lecture de cet ouvrage.

Pour ceux qui s’inquiètent de comment on gérait le tout, la nuit, en février, à moins trente;  on utilisait plus simplement le pot de chambre et on visitait la latrine en journée, plus chaudement habillés. Mais, nous n’entrerons pas plus dans les détails.

Comme quoi, tous les sujets, peuvent être historiques!

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