Publicité

Les ateliers d’artistes dans le Plateau

Histoire
Seconde exposition des automatistes au 75, rue Sherbrooke Ouest, chez les Gauvreau, 1947. De gauche à droite : Claude Gauvreau, Mme Gauvreau, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Paul-Émile Borduas, Madeleine Lalonde, Bruno Cormier et Jean-Paul Mousseau. (source: Fonds Famille Perron - Musée des Beaux-Arts du Québec)
Seconde exposition des automatistes au 75, rue Sherbrooke Ouest, chez les Gauvreau, 1947. De gauche à droite : Claude Gauvreau, Mme Gauvreau, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Paul-Émile Borduas, Madeleine Lalonde, Bruno Cormier et Jean-Paul Mousseau. (source: Fonds Famille Perron – Musée des Beaux-Arts du Québec)

L’arrondissement du Plateau Mont-Royal met actuellement beaucoup d’emphase sur l’expression de la culture dans le Plateau.

Tout le monde s’entend pour reconnaître le quartier comme un milieu culturel effervescent, dynamique, créatif, innovateur. Mais n’allez pas croire que c’est tout nouveau ou que cela ne date que d’hier. Ce quartier semble avoir de tout temps suscité une fantastique créativité artistique et attiré dans son giron de nombreux artistes. On dirait presque que c’est inscrit dans ses gènes; dans son ADN.

Mais parlons peinture, puisqu’il semble bien que c’en était un lieu de prédilection.

Au milieu du siècle dernier, de nombreux peintres ont forgé leur art et leur pensée dans les rues et les ruelles du Plateau. Il nous suffit de simplement regarder de plus près, chez les signataires du Refus global (1948), pour y trouver de nombreux résidents du quartier.

Paul-Émile Borduas (1905-1960), l’instigateur, le « passeur », du Refus global. Il aura su faire jaillir chez ses « élèves » une créativité individuelle, mais surtout, une créativité de groupe, qui les animera autour du Refus global. (source : Fonds Maurice Perron / Musée du Québec)

Paul-Émile Borduas (1905-1960), l’instigateur, le « passeur », du Refus global. Il aura su faire jaillir chez ses « élèves » une créativité individuelle, mais surtout, une créativité de groupe, qui les animera autour du Refus global. (source : Fonds Maurice Perron / Musée du Québec)

Les signataires du Refus global

Paul-Émile Borduas (983, Napoléon), Jean-Paul Riopelle (4089, de Lorimier), Francoise Riopelle, Marcel Barbeau (4541, Saint-Hubert), Claude et Pierre Gauvreau (1809, Sherbrooke Est), Madeleine Arbour, Jean-Paul Mousseau, Marcelle Ferron, Muriel Guilbault, Fernand Leduc, Thérèse Renaud-Leduc, Louise Renaud, Francoise Sullivan, Bruno Cormier, Maurice Perron…

Jean-Paul Riopelle vers 1947 à l’époque du Refus global. (source: Photographié par Maurice Perron - canadianart)

Jean-Paul Riopelle vers 1947 à l’époque du Refus global. (source: Photographié par Maurice Perron – canadianart)

Riopelle en 1953 dans son atelier parisien. (photo: Denise Colomb)

Riopelle en 1953 dans son atelier parisien. (photo: Denise Colomb)

Le premier et non le moindre, Paul-Émile Borduas (qui réside et possède, pendant une dizaine d’années, un atelier angle Napoléon et Mentana), servira de guide à tout ce beau monde et jettera avec eux les bases du mouvement automatiste. Ils discuteront ferme chez lui et dans son atelier. Professeur de dessin à l’école du meuble, il influencera ces jeunes artistes (qui parfois s’ignorent encore). Un beau passage du livre d’Hélène de Billy résume bien la qualité de ce professeur : « Borduas veut leur ouvrir des portes, il est prêt à tout pour leur procurer cette sorte d’illumination nécessaire à leur épanouissement. Dans un pays étouffé par l’obscurantisme, il sera le passeur, celui qui, le premier, rendra possible l’éclosion d’un imaginaire québécois moderne ». On n’a plus à se demander pourquoi ces jeunes rebelles se sont amalgamés à cet homme.

Quant aux « élèves » de Borduas, il s’agit pour beaucoup de jeunes du coin. Jean-Paul Riopelle (1923-2002) est né et a habité longtemps au 4089, de Lorimier et a étudié à Saint-Louis-de-Gonzague, où un professeur de dessin l’a initié à la peinture. Barbeau a étudié à Louis-Hyppolyte-Lafontaine et habitait rue Saint-Hubert. Les frères Gauvreau habitaient rue Sherbrooke angle Papineau, et le logement de leurs parents accueillit un tout premier accrochage de cette « curieuse » bande. Un groupe se forme tranquillement.

Seconde exposition des automatistes au 75, rue Sherbrooke Ouest, chez les Gauvreau, 1947. De gauche à droite : Claude Gauvreau, Mme Gauvreau, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Paul-Émile Borduas, Madeleine Lalonde, Bruno Cormier et Jean-Paul Mousseau. (source: Fonds Famille Perron -0 Musée des Beaux-Arts du Québec)

Seconde exposition des automatistes au 75, rue Sherbrooke Ouest, chez les Gauvreau, 1947. De gauche à droite : Claude Gauvreau, Mme Gauvreau, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Paul-Émile Borduas, Madeleine Lalonde, Bruno Cormier et Jean-Paul Mousseau. (source: Fonds Famille Perron – Musée des Beaux-Arts du Québec)

Parallèlement, on imagine l’atmosphère qui peut régner à l’atelier que Barbeau et Riopelle installent dans un hangar à l’arrière du 4541, Saint-Hubert, près de Bienville. La famille Barbeau y habitait et c’est la sœur de Marcel qui signale que les jeunes traversaient le logement à toutes heures du jour ou de la nuit pour se rendre à l’atelier situé dans le hangar à l’arrière. Jean-Paul Mousseau les y rejoindra plus tard et tous trois y feront les expérimentations nécessaires (et certaines autres plus accessoires) à l’épanouissement initial de leur art. Quelle énergie, quel souffle, quelle fougue devaient émaner de ce lieu! Des carrières incroyables et des œuvres magistrales ont germé dans cette ruelle du Plateau. Je donnerais cher pour remonter le temps et aller les regarder travailler.

Guido Molinari, autre artiste montréalais bien connu, tiendra un atelier rue Gilford près de Berri. Incapable de le maintenir, il poursuivra ses expérimentations, rue Bordeaux, dans le logement de sa mère où il utilisera même l’essoreuse de sa machine à laver pour produire ses estampes.

Quant à moi, je suis aussi peintre… mais en bâtiment. Je dois d’ailleurs retourner à mon balcon et à mon escalier pour donner la deuxième couche. Je suis un « automatiste » aussi, car la peinture revient chaque année… c’est automatique!

Une autre preuve que le Plateau Mont-Royal est un terreau fertile pour l’art.

Laissons-nous avec la conclusion du manifeste du Refus global :

D’ici là, sans repos ni halte, en communauté de sentiment avec les assoiffés d’un mieux-être, sans crainte des longues échéances, dans l’encouragement ou la persécution, nous poursuivrons dans la joie notre sauvage besoin de libération.

Note : Hélene de Billy, dans son livre RIOPELLE, publié chez Art Global, mentionne l’atelier situé derrière le 4553 Saint-Hubert. (photo: Marcel Barbeau)

Note : Hélene de Billy, dans son livre RIOPELLE, publié chez Art Global, mentionne l’atelier situé derrière le 4553 Saint-Hubert. (photo: Marcel Barbeau)

Visitez le blogue de l’auteur.

Visitez la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal :

Vos commentaires
loading...