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Rachel et Saint-André… on vendrait de la drogue?

Histoire
(photo : BAnQ / fonds E.Z. Massicotte)
(photo : BAnQ / fonds E.Z. Massicotte)

Cette semaine, une chronique descriptive qui s’intéresse à un joli petit commerce de proximité et à l’évolution de notre quartier. Nous prendrons à témoin cette petite pharmacie située angle Saint-André et Rachel. Nous sommes à la fin du 19e siècle, début du 20e.

Vestige de l’époque du village de Saint-Jean-Baptiste (annexé à Montréal en 1886), la rue Rachel est une rue commerciale importante de cette ancienne banlieue montréalaise. Le développement rapide et important du village rend nécessaire un accès facile aux commerces d’usage courant. L’avenue du Mont-Royal, la rue Rachel et la rue Duluth sont autant de tronçons servant activement la population du territoire. Les achats plus importants se font rue Saint-Laurent (qui deviendra un boulevard en 1905); mais l’on peut en conclure que la fonction commerciale est très animée dans le futur Plateau.

(photo : BAnQ / fonds E.Z. Massicotte)

(photo : BAnQ / fonds E.Z. Massicotte)

On y voit la pharmacie Valois, bien installée à l’angle du carrefour sud-est de Rachel et Saint-André et qui fait étalage de ses affiches publicitaires bilingues et de ses généreux auvents. L’auvent est typique de cette époque et fait partie de l’équipement de base des commerces. L’air conditionné n’existe pas encore et les larges vitrines laisseraient autrement entrer un soleil estival facilement torride. D’ailleurs les volets intérieurs que l’on voit au fond des vitrines jouent le rôle inverse en hiver et permettent de mieux conserver la chaleur à l’intérieur. Si on jette un coup d’œil sur l’affiche au-dessus de la porte, on peut aussi deviner que le soir venu, le nom « Valois » est illuminé de petites ampoules électriques. Cela doit être du meilleur effet!

Le bâtiment de deux étages est en brique (ce qui signifie que la rue Rachel ne jouit pas du même statut que Mont-Royal ou Saint-Denis). On peut présumer également qu’il est plus ancien que les bâtiments de l’avenue du Mont-Royal dans cette même section. On le voit dans sa « livrée » d’été, puisque toutes les fenêtres sont garnies de leurs persiennes (on disait aussi à l’époque des « jalousies »). Il semble même aussi que le trottoir soit en bois sur Saint-André (à droite de la photo).

Le pharmacien nous offre également du Coca-Cola à 5 sous. Inventé en 1885, le Coca-Cola est à l’origine une boisson alcoolisée utilisant également des feuilles de coca dans sa recette. En 1888 on enlève l’alcool du breuvage, mais on conserve le coca. Il est mis en bouteille à partir de 1894. Officiellement disparu de la recette en 1903, on retrouvera malgré tout des traces de coca dans le breuvage jusqu’en 1929. Le commerce Valois ayant ouvert ses portes en 1904, on peut présumer qu’il se vendait peut-être de la « coca » sur la rue Rachel.

Poursuivons notre analyse du commerce. Si l’on jette maintenant un coup d’œil à l’affiche peinte sur le mur à droite, on constate que notre pharmacien nous offre également un tonique capillaire du nom de Peruvian hair food. Plus tard, en parcourant les photos se trouvant sur le site web de la Société d’histoire, je suis tombé par hasard sur cette photo de Daniel Heikalo prise en 1977. À près de cent ans plus tard, on peut dire que la peinture de l’affiche a bien tenu le coup.

(photo : Daniel Heikalo, 1977)

(photo : Daniel Heikalo, 1977)

Est-ce un signe de la pérennité des résultats de ce produit « miracle » ? On dirait bien! En tout cas, depuis 1977, la maison est disparue (le chien aussi, sûrement); il ne reste que la borne-fontaine (qui elle-même a été remplacée).

Le bâtiment est aujourd’hui disparu et a été remplacé par le magnifique stationnement d’un concessionnaire automobile. Je ne suis pas sûr si le paysage du quartier y a gagné au change.

Chronique PAMPLEMOUSSE no56_3

(photo : Gabriel Deschambault)

Personnellement j’aimais bien le petit côté vieillot et sympathique de la pharmacie. Une rue doit impérativement être encadrée par des bâtiments, pas par des stationnements. C’est parfois dommage que nous devions laisser place au « progrès ».

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