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Quand l’odeur du bon pain embaumait un coin de quartier

Histoire
Installation de la boulangerie originale sur la rue Boyer. Une photo qui nous montre comment la vie quotidienne se déroulait à cette époque. Elle provient de la collection de Robert Caron que je remercie pour nous avoir communiqué cette belle photographie.
Installation de la boulangerie originale sur la rue Boyer. Une photo qui nous montre comment la vie quotidienne se déroulait à cette époque. Elle provient de la collection de Robert Caron que je remercie pour nous avoir communiqué cette belle photographie.

Les photos de chevaux de la dernière chronique ont suscité quelques commentaires sur le métier des livreurs de lait, de pain, et sur le rôle de leurs fidèles « compagnons ». En particulier, celle montrant les fières équipes de la boulangerie J.A. Brosseau.

(photo : archives de Monsieur Georges Brosseau)

(photo : archives de Monsieur Georges Brosseau)

Ceux qui s’intéressent à la petite histoire de la boulangerie Brosseau seront fascinés par l’extrait de l’atlas des assureurs de 1934 qui montre l’installation de la boulangerie originale située rue Boyer, au sud de la rue Marie-Anne. La photo que l’on voit en ouverture de la chronique laissait à penser que l’entreprise n’était pas très grosse et un peu cachée dans le tissu urbain; eh bien, détrompez-vous, car ce n’était pas le cas du tout. L’atlas nous montre plutôt une assez grosse installation, qui occupe presque la moitié du pâté de maisons de la rue Boyer, entre Rachel et Marie-Anne. L’annuaire Lovell des entreprises indique que la boulangerie occupe alors les bâtiments du 49 au 99, rue Boyer (numérotation antérieure à 1926). J’ai représenté l’espace occupé par la boulangerie, située entre les points rouges.

Les édifices en gris, sont les bâtiments industriels proprement dits, tandis que les bleus et roses représentent du résidentiel. Même un petit bâtiment du côté ouest de la rue semble faire partie des installations de J.A. Brosseau. D’ailleurs, pour ceux qui se retrouveraient sur place, vous remarquerez dans ce secteur que quelques bâtiments possèdent un « cartouche » avec l’inscription « JAB » et l’année de construction. Il s’agit là de constructions réalisées par J.A. Brosseau en lieu et place de ses anciennes installations, lorsqu’elles disparurent. D’ailleurs, le monsieur Brosseau en question habitait lui-même sur la rue Christophe-Colomb, vis-à-vis sa boulangerie (vraisemblablement à ce qui serait aujourd’hui le 4268) .

Je suis fort impressionné! Que de secrets nous cache encore ce bon vieux quartier du Plateau.

Extrait de l’atlas des assureurs provient de la collection numérique de la BANQ.

Extrait de l’atlas des assureurs provient de la collection numérique de la BANQ.

Monsieur Robert Caron, membre de la Société d’histoire du Plateau Mont-Royal et grand amoureux du quartier, dont l’enfance s’est déroulée à l’ombre des clochers de l’église Saint-Stanislas, a pris contact avec moi pour me faire parvenir cette photo. Je la trouve exceptionnelle, en ce sens qu’elle nous montre comment un quartier peut changer avec le temps et, surtout, comment certaines situations aujourd’hui disparues peuvent être ramenées à la vie grâce à de vieilles photos.

Installation de la boulangerie originale sur la rue Boyer. Une photo qui nous montre comment la vie quotidienne se déroulait à cette époque. Elle provient de la collection de Robert Caron que je remercie pour nous avoir communiqué cette belle photographie.

Installation de la boulangerie originale sur la rue Boyer. Une photo qui nous montre comment la vie quotidienne se déroulait à cette époque. Elle provient de la collection de Robert Caron que je remercie pour nous avoir communiqué cette belle photographie.

La photo, qui date de 1910, nous montre les installations de la boulangerie J.A. Brosseau sise sur la rue Boyer, côté est, entre Rachel et Marie-Anne. Tous les employés et patrons posent fièrement devant le lieu de leur « gagne-pain » (sans jeu de mots). Ce genre de photo « corporative » est courant à cette époque et on en retrouve souvent en illustrations dans les livres sur l’histoire de la ville. On y voit ici habillés en blanc les boulangers, en cravate et chapeau melon, les patrons ou contremaîtres, et finalement avec leurs sacs en bandoulière, les livreurs de pain. D’ailleurs, on voit derrière eux, une « voiture » de livraison, dont le « moteur » doit être à manger son avoine quelque part dans une écurie à proximité. Ces petites boulangeries livraient le pain à l’aide d’une voiture hippomobile à peu de chose près comme celles des laitiers. À mon souvenir, un carton était placé à la vue, dans la porte d’entrée des résidences et le boulanger apportaient alors le pain approprié. Il sonnait à la porte, puisqu’il n’était pas question qu’il laisse le pain sur la galerie.

À mon souvenir, encore une fois, dans le cas où exceptionnellement la « ménagère » (pardonnez-moi mesdames, mais c’est comme ça que s’appelait la « femme au foyer » dans ce temps-là; je n’y suis pour rien) s’était absentée, alors le boulanger laissait le pain au-dessus de la porte, derrière la plaque du numéro civique. Jeune garçon, j’ai vu les laitiers et boulangers faire leur distribution avec une voiture à cheval.  Chez nous, on achetait souvent un « pain de fesse » de la boulangerie Durivage. Ce n’était ni plus ni moins qu’une grosse miche, formée de deux parties renflées; d’où son nom poétique et usuel. C’était délicieux.  Avec un nom comme ça, on peut présumer qu’il aura probablement permis aux livreurs de faire quelques jeux de mots grivois avec la clientèle.

Situation actuelle, rue Boyer, sur l’emplacement original de l’ancienne boulangerie. (photo : Gabriel Deschambault)

Situation actuelle, rue Boyer, sur l’emplacement original de l’ancienne boulangerie. (photo : Gabriel Deschambault)

Lorsqu’on se retrouve aujourd’hui devant le 4279, rue Boyer, il est difficile d’imaginer la scène puisque les résidences ont repris tout l’espace.  Toutefois, en regardant la photo ancienne et en retournant dans le temps, on peut presque entendre le bruit des chevaux et des voitures de livraison qui s’agitent dans la cour, les voix qui s’interpellent pour savoir qui chargera en premier, mais surtout, il est facile d’imaginer l’odeur caractéristique du bon pain qui cuit et qui embaume le voisinage. Toute cette activité, en plein cœur des quartiers résidentiels, est typique de ce temps-là. Souvent, ces petites entreprises s’étaient installées sur des terrains vacants et, au fil du temps, c’est le développement immobilier qui les rattrapait (comme c’est encore souvent le cas aujourd’hui).

C’est fascinant de se rappeler comment les choses fonctionnaient dans ce temps révolu. On retrouvait également plusieurs petites laiteries disséminées dans le tissu urbain. Il y avait aussi ces petites boulangeries et toutes ces petites épiceries de quartier qui occupaient la plupart du temps les coins de rue. C’était une façon de fonctionner qui est complètement disparue avec l’évolution du mode de vie.

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