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La Ville handicapée : problème de société ?

Transport, Vie de quartier
Lancement du livre "La Ville handicapée" par Steven Laperrière au restaurant Mochicha sur la rue Saint-Denis (photo : gracieuseté de l'auteur)
Lancement du livre « La Ville handicapée » par Steven Laperrière au restaurant Mochicha sur la rue Saint-Denis (photo : gracieuseté de l’auteur)

Ne serait-ce pas la ville qui serait handicapée et non les personnes atteintes d’un handicap ? Le livre La Ville handicapée publié aux Éditions La Roupille par Steven Laperrière nous plonge dans les défis quotidiens auxquels font face les personnes handicapées à Montréal.

Atteinte de la sclérose en plaque, Josiane doit brutalement faire face à sa nouvelle réalité en fauteuil roulant. Comment se déplacer ? Comment travailler ? Comment aimer ? Comment faire valoir ses droits ? D’une plume simple et franche, l’auteur raconte comment le personnage s’adapte à sa nouvelle vie.

Entre biographie et fiction

La hantise de la panne d’ascenseur et de rester bloquée chez soi, les rendez-vous galants gâchés par une marche de trop, les déplacements à planifier minutieusement à l’avance, les humiliations systématiques, les regards exaspérés lors de la montée dans le bus, la pitié étalée sur le visage de l’autre ; mais aussi les moments de joie et de grande amitié.

Autant d’anecdotes tristes ou joyeuses qui permettent au lecteur de s’installer dans le fauteuil d’une personne handicapée. « Après la lecture, on remarque encore plus les marches, les escaliers et tous ces obstacles auxquels font face quotidiennement ces gens » explique l’auteur du livre et Vice-Président du RAPLIQ, Steven Laperrière.

Le livre est largement inspiré de la vie de Linda Gauthier, présidente du RAPLIQ, organisme luttant pour la reconnaissance des droits des personnes handicapées. Femme d’action, celle qui « à force de se manger des claques sur la gueule, [s’]est endurcie » mène maintenant le combat contre les préjugés envers les personnes handicapées et l’injustice à laquelle ces personnes font face.

Est-ce la société qui est handicapée ?

Alors que la Ville de Montréal s’enorgueillit d’être une métropole connectée et intelligente, le livre présente une réalité tout autre pour les personnes handicapées : se déplacer demeure digne d’un parcours d’obstacles.

Steven Lapperière, d’un ton posé et déterminé, se lance dans une charge : « Il n’y a personne qui vient au monde et qui souhaite avoir un handicap dans sa vie. Personne. Mais une fois que tu l’as, ton handicap, ta maladie, tu n’as pas moins de droits que les autres. Ce qui te handicape, ce n’est pas ton fauteuil. Ce sont les marches, les entrées non accessibles, le mobilier urbain qui t’empêche de passer, les gens dans le métro qui ne te font pas la place lorsque tu veux entrer. C’est un problème de société, de là le titre du livre. »

« Aujourd’hui, seulement 8 des 64 stations du métro de Montréal sont accessibles aux personnes handicapées » renchérit Linda Gauthier. La station Mont-Royal n’en fait pas parti, et ne le sera qu’à l’horizon 2020.

Manque de volonté politique

Cette situation évolue très lentement déplore Linda Gauthier : « Les choses n’ont pas beaucoup évolué sur le Plateau Mont-Royal. Nous devons souvent déposer une plainte auprès de la Commission des Droits de la Personne pour faire valoir nos droits. Et à chaque fois, c’est un long processus : l’arrondissement, les commerçants et la ville se renvoient la balle. »

La ville de Montréal s’est dotée en 2011 d’une politique d’accessibilité universelle dans le cadre de la lutte et l’exclusion sociale. « Il y a clairement une intention de changer les choses. Mais est-ce que les actes suivent les mots ? » questionne Linda Gauthier.

La Ville handicapée, par Steven Laperrière aux Éditions La Roupille

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