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Petits commerces de proximité d’un temps disparu

Histoire
Monsieur Paquette nous offre ici des poches de pommes de terre, des choux, des pommes et des « cannages ». Il y a aussi des balais, du savon « Pearline » et on y trouve le journal La Presse. Tout ce qu’il nous faut, quoi! (source : BAnQ - cliquez sur les photos pour les agrandir)
Monsieur Paquette nous offre ici des poches de pommes de terre, des choux, des pommes et des « cannages ». Il y a aussi des balais, du savon « Pearline » et on y trouve le journal La Presse. Tout ce qu’il nous faut, quoi! (source : BAnQ – cliquez sur les photos pour les agrandir)

Je vous parle souvent des petits commerces de quartier, les commerces dits de proximité. La structure commerciale des vieux secteurs montréalais est à la base toujours sous cette forme. Certains se rappellent avoir lu qu’il y a cent ans, les Montréalais se procuraient leurs victuailles dans les quelques grands marchés publics installés à différents endroits de la ville. Pour le Plateau, on parle bien sûr du marché Saint-Jean-Baptiste, angle Saint-Laurent et Rachel.

Ces vastes marchés s’installent au cœur des petites villes qui poussent en dehors des limites de Montréal et les habitants peuvent alors facilement s’y rendre à pied. Mais, que se passe-t-il quand la population augmente, que l’urbanisation fait en sorte que les logements s’éloignent de ces points de service? On voit apparaître les petits commerces de coin de rue, qui offrent alors à leur clientèle une proximité des services alimentaires.

Chronique PAMPLEMOUSSE no_68_1

Monsieur Paquette nous offre ici des poches de pommes de terre, des choux, des pommes et des « cannages ». Il y a aussi des balais, du savon « Pearline » et on y trouve le journal La Presse. Tout ce qu’il nous faut, quoi! (source : BAnQ – cliquez sur les photos pour les agrandir)

Selon ce que nous montre cette photographie, nous sommes encore bien loin de nos supermarchés contemporains !  Le choix est encore assez limité. Mais les Montréalais prennent lentement goût à mieux manger.

Les coins de rue (ici Villeneuve et De Grand-Pré) sont très souvent occupés par ces petits commerces que l’on appelle « épicier licencié » (photo : Philippe Duberger - Flickr)

Mais comment les victuailles se rendent-elles sur la table de la cuisine? Tout d’abord, il faut dire que les éléments de base : le lait et le pain, sont généralement livrés à la porte par le laitier et le boulanger (accompagnés bien sûr de leurs fidèles adjoints à quatre pattes).

La viande, ainsi que les fruits et légumes, est l’apanage du petit épicier. Avant « l’invention » du supermarché, on retrouve ces petits commerces, souvent aux coins des rues, qui rejoignent chacun un certain nombre de ménages. La plupart du temps, il s’agit d’un commerce familial, ou l’on pourrait dire, en simplifiant un peu, que le mari est à la boucherie, l’épouse au service et à la caisse, et les enfants aux livraisons et à la manutention. Parfois, un ou deux bouchers s’ajoutent quand la clientèle est importante. Notre famille avait bien sûr son épicier attitré et je vais tenter de vous en décrire le local.

L’épicerie A. Ouellet, sise au 1034, avenue du Mont-Royal Est, se compose d’un espace dont les murs latéraux sont occupés par les tablettes de « cannages » et de produits secs (céréales, biscuits, pâtes et légumineuses sèches). Les conserves les plus populaires sont accessibles aux clients et les autres doivent être descendues à l’aide d’une pince, au bout d’un long manche, manipulé par un commis. L’espace à gauche est occupé par la caisse et un frigo vitré, où l’on voit les viandes (essentiellement du bœuf et du porc) et les charcuteries disponibles (ici, comprendre jambon cuit et « baloney »). Au fond, il y a le grand frigo, avec sa grosse porte de bois, où sont entreposées les grandes pièces de viande. Le boucher est à côté, avec son bloc à découper et ses divers hachoirs mécaniques.

Les fruits et légumes sont réduits à leur plus simple expression et exposés dans la vitrine et dans quelques présentoirs en avant. On voit des pommes de terre, des carottes, du chou, du navet, du céleri, des tomates et peut-être de la laitue « Iceberg ». Les fruits se résument aux pommes, aux bananes, aux oranges et aux pamplemousses en saison. Évidemment, au fil des jours, des saisons et des trouvailles de l’épicier chez son fournisseur, on retrouve parfois des nouveautés pour varier le quotidien. Il faut se rappeler qu’à cette époque, la majeure partie de la marchandise du magasin est transportée par l’épicier lui-même. Seuls les items comme la bière, le pain, le lait, etc. arrivent par camions de livraison (mais pas des camions-remorques comme aujourd’hui).

À l’automne, avec les récoltes locales, le choix sera aussi plus grand et la fraîcheur meilleure, mais ne se compare en rien avec celui d’aujourd’hui. Il ne faut surtout pas oublier la bière et le porter, denrées essentielles (pour contenter les maris) et pour arrondir les revenus de l’épicerie.

Ti-Jean!

Va me chercher une pinte de lait chez Paquette!

Vite!

J’ai déjà commencé mon gâteau!

Typique de l’épicerie du coin (ici Villeneuve et De Bullion) , le livreur à bicyclette qui effectue un travail qui n’est pas de tout repos. J’en sais quelque chose, puisque j’ai aussi pratiqué ce « métier » un certain temps. (photo : Philippe Duberger - Flickr)

Typique de l’épicerie du coin (ici Villeneuve et De Bullion) , le livreur à bicyclette qui effectue un travail qui n’est pas de tout repos. J’en sais quelque chose, puisque j’ai aussi pratiqué ce « métier » un certain temps. (photo : Philippe Duberger – Flickr)

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