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Sans toit ni toi

Élus, Environnement, Vie de quartier
Plusieurs intervenants témoignent du soutien affectif que peut représenter un animal dans des moments de solitude et de profond égarement. (Photo: The Epoch Times)
Plusieurs intervenants témoignent du soutien affectif que peut représenter un animal dans des moments de solitude et de profond égarement. (Photo: The Epoch Times)

Il y a bien des chances que vous soyez comme moi et que, jusqu’à tout récemment, vous ne saviez rien, ou pas grand-chose, des chiens pitbulls. Pour ce que j’en savais, cependant, le pitbull était ce type de chien susceptible d’accompagner les jeunes personnes qui vivent dans la rue.

De son indignation contre les « pics anti-itinérants » au bas des fenêtres du magasin Archambault, à l’opération de dénombrement des Montréalais sans-abri, on ne peut douter de l’intérêt du maire Coderre pour la question de l’itinérance. En contrepartie, le fait qu’il n’ait nullement songé aux conséquences de son impromptu règlement interdisant la possession de chiens pitbulls vient souligner à gros traits la précipitation et l’improvisation à la base de sa gestion de cet épineux dossier.

Il est estimé qu’un jeune sur cinq qui loge dans la rue le fait en compagnie d’un chien. Plusieurs études indiquent que cette relation, avec les responsabilités de maintien et les liens de complicité et d’affection qu’elle implique, est hautement bénéfique à la stabilité psychique des jeunes sans-abri et qu’elle contribue à leurs chances de raccrochage. Souvent, le fidèle compagnon canin est le seul être en qui les jeunes ont confiance, le seul pour qui ils se permettent un attachement inconditionnel. Plusieurs intervenants témoignent du soutien affectif que peut représenter un animal dans des moments de solitude et de profond égarement, comme l’a fait un jeune homme venu au conseil municipal du 27 septembre pour implorer le maire Coderre de renoncer à sa décision d’interdire cette race de chien en particulier. En réponse, sans évoquer les coûts et les contraintes importantes que le règlement exige, le maire Coderre a affirmé sans brocher, comme il le fait à tous ceux qui tentent de le raisonner sur le sujet, que le règlement ne pose aucune difficulté pour ceux qui sont déjà maîtres de pitbulls, qu’ils peuvent, sans problèmes, garder leurs animaux. Que son règlement est sage et réfléchi.

Or, la SPCA estime à 650 $ les coûts pour se conformer en un premier temps aux conditions de possession d’un chien pitbull sous le nouveau règlement : enregistrement, muselières, harnais, laisse courte, document attestant du dossier judiciaire… Il est évidemment impossible pour une personne sans domicile fixe de s’acquitter de ces frais et conditions. On se souviendra que les pitbulls dont l’enregistrement et le maintien sont non-conformes au règlement seront saisis et euthanasiés.

C’est donc de façon assez unanime que les effets des mesures anti-pitbulls sur les personnes vivant dans la rue ont été dénoncées, et vivement, car le manque de sensibilité dont elles témoignent est choquant. Le maire Coderre, pour être cohérent avec lui-même et les positions qu’il a prises par le passé, aurait dû prévoir des allègements dans l’application du règlement pour ces personnes sans ou avec peu de ressources matérielles et dont les chiens, hautement socialisés par le biais d’un contact humain constant, sont les moins propices à être méchants et imprévisibles. Au-delà des vives inquiétudes que l’adoption de ce règlement provoque chez les citoyens qui ont des toits au-dessus de leurs têtes, ce sont de véritables drames sans solutions qui risquent de se dérouler aux coins de nos rues, dommages collatéraux d’une cynique opération de manipulation de l’opinion publique à des fins politiques.

Nous sommes nombreux à espérer que, si ce n’est que pour cet enjeu d’une infinie tristesse, la cour oblige la Ville de Montréal à refaire ses devoirs en matière de règlement de contrôle des animaux le 25 novembre prochain.

Intervention du citoyen à la minute 32 : 00 http://webtv.coop/video/Assemblee-du-conseil-municipal-de-Montreal-27-septembre-2016-Questions-du-public/01168ba79a857c94582e80df00e7adfb

http://www.lapresse.ca/vivre/animaux/201603/18/01-4962165-les-animaux-de-compagnie-aident-les-jeunes-sans-abri-selon-une-etude.php

http://www.lapresse.ca/actualites/201303/15/01-4631617-le-chien-raison-de-vivre-pour-plusieurs-sans-abris.php

http://journalmetro.com/actualites/montreal/1009873/reglement-sur-les-pitbulls-inquietudes-pour-les-itinerants-proprietaires-de-chiens/

https://www.ricochetmedia.ca/en/1475/montreals-pit-bull-ban-hits-homeless-the-hardest

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Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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