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Règlement sur les chiens: vers une autre approche

Vie de quartier
Judith Weissmann veut que Montréal érige un refuge et instaure un programme d'éducation du public pour le traitement et le comportement des animaux de compagnie. (Photo: Stéphane Desjardins)
Judith Weissmann veut que Montréal érige un refuge et instaure un programme d’éducation du public pour le traitement et le comportement des animaux de compagnie. (Photo: Stéphane Desjardins)

La vétérinaire Judith Weissmann, qui a une clinique avenue Mont-Royal Ouest, s’oppose viscéralement au récent règlement de l’administration Coderre sur le contrôle des animaux.

La Cour d’appel du Québec se penche aujourd’hui sur ce règlement, qui a été suspendu il y a quelques semaines par un tribunal inférieur à la demande de militants pour les droits des animaux, dont la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA). Mme Weissmann fait partie de ceux qui contestent le règlement en cour, avec la SPCA.

« L’administration Coderre n’a pas mené ce dossier de la bonne manière, dit-elle. Ils ne se sont pas entourés d’experts en comportement animal. Ils n’ont pas tenu compte de toutes les études. Leur approche n’est pas basée sur la science. Et elle ne marchera pas. »

Mme Weissmann aimerait que Montréal se base sur les meilleures pratiques dans le domaine, notamment sur celles de la Ville de Calgary, qui a adopté un train de mesures, notamment l’éducation des propriétaires de chiens, sans bannir des races spécifiques de chiens. « C’est l’éducation des propriétaires qui va faire augmenter la sécurité, pas la répression, reprend-elle. De plus, qu’est-ce que ça donne de doter chiens et chats d’une médaille si rien n’est fait pour améliorer le sort des animaux. Car de la maltraitance animale, à Montréal, il y en a beaucoup. Et ça explique une partie des cas d’agressivité. »

Calgary

Mme Weissmann cite abondamment le cas de Calgary. Cette ville a misé sur la responsabilisation des propriétaires d’animaux de compagnie. « Là-bas, on retourne les animaux perdus très rapidement à leurs propriétaires, aux frais de la ville, dit-elle. Ici, on les laisse poireauter dans les refuges sans contacter les propriétaires. À Montréal, à quoi elle sert, la médaille? »

Calgary a aussi consulté la population sur la sécurité entourant les animaux de compagnie et réalisé des campagnes d’éducation sur les causes et les moyens de régler le problème. La ville a recueilli des données cernant le phénomène et émis des licences permettant d’identifier l’animal en permanence et de le lier à son propriétaire en situation d’urgence ou problématique. Elle a aussi subventionné la stérilisation des animaux de compagnie, offert des soins médicaux subventionnés pour les maîtres qui ne peuvent se payer les services de vétérinaires, et insisté sur le caractère équitable de la règlementation. La Ville a aussi instauré des mécanismes de résolution de conflits, en insistant sur l’enquête, la médiation et l’application de la loi.

Le taux d’euthanasie, d’incidents causés par des animaux agressifs et le nombre d’infractions au règlement auraient baissé dans la ville albertaine, depuis l’adoption du règlement. Calgary impose une amende de 250 $ pour les chiens sans médailles et un coût annuel de 52 $ pour une licence (31 $ pour un chien stérilisé). À Calgary, environ 90 % des chiens (180 500 individus), comparativement à 14 % à Montréal, et 54 % des chats (49 500 individus) portent désormais une médaille; 87 % des chiens égarés ont été retournés à leurs maîtres. Elle a aussi misé sur un programme d’éducation des élèves de sixième année primaire. Elle dispose d’une escouade canine de 24 officiers.

Chaque année depuis 1985, un peu moins de 4500 chiens sont pris en charge par les autorités. Mais le taux d’euthanasie est passé de 2000 individus à une centaine en 2009, alors que le taux d’adoption a grimpé de quelques individus à plus d’une centaine. À Montréal, environ 60 % des animaux qui passent par les refuges sont euthanasiés. À Calgary, le taux d’incidents impliquant des chiens agressifs est passé de 2000 en 1985 à 641 en 2014, rapporte The Gazette. Les pitbulls représentent 16 % des chiens mordeurs. Le budget annuel des services animaliers joue dans les cinq millions.

Montréal

Judith Weissmann est en faveur de la stérilisation et du port obligatoire de puces d’identification. Elle veut que Montréal instaure une banque de données sur les chiens agressifs, car elle considère que les données du service de police ne sont pas fiables. Elle veut aussi un mécanisme clair qui permet aux citoyens et, surtout aux vétérinaires, de rapporter les cas de chiens malveillants.

Elle attend toujours que la Ville concrétise son projet de construction d’un refuge qui couvrirait tout le territoire. Et elle veut que la Ville se lance dans un programme d’éducation destiné au public, spécialement les propriétaires de chiens, sur la bonne façon de traiter leur animal. « Le tiers des Montréalais vivent seul. Pour un très grand nombre de personnes, un animal de compagnie, c’est tout ce qu’ils ont », conclut-elle.

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