Publicité

Jeune vieillesse

Culture
(photo : gracieuseté du Conservatoire d'art dramatique)
(photo : gracieuseté du Conservatoire d’art dramatique)

La troupe des finissants du Conservatoire d’art dramatique présente Au bout du fil, une pièce tragicomique écrite par Évelyne de la Chenelière.

Onze personnes âgées provenant d’un foyer sont laissées à elles-mêmes dans une activité pêche tout aussi poétique qu’absurde. Assis sur un ponton, avec un bout de ficelle qui pend au bout de leur ligne, chaque vieillard raconte à haute voix, tant pour lui que pour les autres, ses souvenirs d’enfance.

Romantique cocu dont la femme s’est amourachée du gardien, intellectuel amnésique dompteur de cheval imaginaire, vieille fille obèse en quête de l’amour, apprenti dictateur à béquille : toute une panoplie de personnages hauts en couleurs déploie ses peurs, ses réminiscences et sa folie au cours de la pièce.

Retour en enfance

« Un enfant qui perd ses parents devient un orphelin. Pourquoi une vieille personne qui perd les siens ne devient-elle pas aussi orpheline ? », demande un des personnages de la pièce. Avec douceur et humour, chacun d’entre eux retombe à sa manière en enfance.

« Ils redeviennent des enfants, avec leur joie et leur peur », raconte le metteur en scène, Felix Beaulieu-Duchesneau. Laissés à eux-mêmes, les personnages en appellent souvent à leur mère. « Perdus et imaginant des fabulations, ce sont des enfants pris dans des corps de vieux », ajoute t-il.

Jouée par des comédiens âgés de la début vingtaine, la pièce participe à cette confusion des âges. « Au bout du fil est à la fois une hyper fantaisie, mais aussi une hyper réalité. C’est tout un défi pour les acteurs de ne pas tomber dans la caricature », explique Felix Beaulieu-Duchesneau. Pièce de jeunesse, le metteur en scène souligne la fraicheur du texte. « J’espère avoir réussi à recréer ce pont entre la vieillesse et l’enfance », rajoute t-il.

Quelle place pour nos aînés ?

La pièce frappe aussi par son message politique sous-jacent. Elle interroge la place des aînés dans la société. « Nous pourrions tout à fait être dans un CHSLD [Centre d’hébergement et de soins longues durées], raconte le metteur en scène. C’est une métaphore de l’abandon de la société envers ces personnes. »

Au Québec, la durée moyenne de séjour en CHSLD est de 28 mois. La pièce, elle, ne dure que 1h15 durant laquelle les personnages confient leurs « techniques » cocasses, douce revanche, lorsqu’ils reçoivent de la visite. Ainsi ce personnage qui, faisait semblant d’être sourde, entend tout ce que ses proches disent d’elle lorsqu’ils viennent lui rendre visite.


Au bout du fil d’Évelyne de la Chenelière, jusqu’au 4 février au Théâtre Rouge du Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Billets disponibles sur place ou sur Admission.com.

Vos commentaires
loading...