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La rue de l’Esplanade… qui perd des plumes

Histoire
(photo : Gabriel Deschambault)
(photo : Gabriel Deschambault)

Quand nous avons du beau patrimoine, il est important de le conserver !

Cette semaine, on vous parle d’un dossier patrimonial qui refait surface au moment où la Ville de Montréal souhaite s’adresser aux tribunaux afin de faire bouger les choses dans le dossier des deux immeubles patrimoniaux de l’avenue de l’Esplanade qui sont abandonnés depuis plusieurs années.

(photo : Gabriel Deschambault)

(photo : Gabriel Deschambault)

On nous dit que quelques tentatives infructueuses ont déjà été faites afin d’obliger le propriétaire des immeubles d’engager les travaux de rénovation de ces deux structures.  Ces dernières se trouvent sur l’avenue de l’Esplanade, entre l’avenue du Mont-Royal et la rue Marie-Anne. Elles sont situées à l’intérieur des limites de l’arrondissement historique et naturel du mont Royal. D’une certaine façon, le versant construit de l’avenue de l’Esplanade (entre Mont-Royal et Duluth) représente l’encadrement urbain du versant Est de la montagne ; et à ce titre, les constructions qui le composent revêtent une très grande importance.

La majorité des bâtiments de ce secteur de l’avenue de l’Esplanade ont été construits au début du vingtième siècle. Les deux édifices qui nous intéressent plus particulièrement sont présents sur l’atlas Goad de 1907, mais font partie des toutes premières constructions de cet îlot Marie-Anne/Mont-Royal. On attribue leur conception à l’architecte Jean-Zéphyrin Resther, mais, bien qu’il y ait résidé quelques années avant sa mort, il n’est pas encore assuré qu’il en soit le véritable concepteur.

La Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal est inquiète eu égard aux conditions d’abandon de l’entretien de ces immeubles. On parle ici d’une situation qui perdure depuis plus d’une dizaine d’années et ce long délai fait en sorte que la détérioration va s’accélérant avec le passage du temps.

Il semble que des permis de démolition aient été demandés par le propriétaire et émis par l’arrondissement, mais que ce soit le ministère de la Culture qui ait imposé certaines exigences, notamment concernant le maintien des façades principales. Les murs secondaires semblent composés de brique « de chaux », ce qui est un matériau de piètre qualité dans un usage exposé aux intempéries. Cela peut expliquer la détérioration avancée des parties latérales et arrières des deux bâtiments.

Il semble bien, à première vue, que les façades principales de maçonnerie de pierre calcaire soient en relativement bon état. Aucune fissure ou aucun affaissement importants ne semblent apparents. Les lits sont droits et le mortier tient en place. Ce revêtement de pierre (ou « parement » selon la composition du mur) ne semble pas laisser infiltrer d’eau. Si des infiltrations sont présentes et importantes, elles pourraient peut-être plutôt provenir d’un manque d’étanchéité de la toiture ou des tôleries.

Les éléments architecturaux des façades sont à plusieurs égards exceptionnels.

Les linteaux très ouvragés laissent apprécier le travail des artisans maçons qui ont taillé ces pierres calcaires qui ont fort probablement été prélevées dans les carrières du Coteau Saint-Louis. (photo : Gabriel Deschambault)

Les linteaux très ouvragés laissent apprécier le travail des artisans maçons qui ont taillé ces pierres calcaires qui ont fort probablement été prélevées dans les carrières du Coteau Saint-Louis. (photo : Gabriel Deschambault)

Le travail des menuiseries décoratives est également exceptionnel. Plusieurs éléments peuvent encore être réparés ou à tout le moins, servir d’exemple pour leur reproduction respectueuse.

La menuiserie est très soignée et on peut remarquer également que les maçons ont fourni un travail tout aussi exceptionnel, avec ces linteaux finement sculptés. (photo : Gabriel Deschambault)

La menuiserie est très soignée et on peut remarquer également que les maçons ont fourni un travail tout aussi exceptionnel, avec ces linteaux finement sculptés. (photo : Gabriel Deschambault)

Tout propriétaire responsable doit assurer un entretien, même minimal à sa propriété. Nous sommes ici face à quelqu’un qui visiblement ne souhaite pas conserver ses immeubles. Il escompte peut-être qu’une démolition lui offrira l’opportunité de densifier l’occupation du terrain et de maximiser son profit.

L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal est déjà intervenu, avec grand succès, sur un immeuble du boulevard Saint-Laurent qui évoluait dans un même contexte. Serait-il possible d’utiliser ici une même approche ? Le règlement sur l’entretien des bâtiments (07-034) pourrait-il être appliqué dans le présent dossier ?

Au moment où la Ville de Montréal amorce une réflexion sur son Plan d’action montréalais en patrimoine ; il ne fait pas de doute qu’un virage plus affirmé en matière de contrôle des « démolitions par négligence » pourrait devenir un outil très efficace de préservation du patrimoine. On ne peut qu’encourager la démarche entreprise par la Ville.

Cette photographie nous montre un détail de l’escalier sur la devanture du bâtiment situé au nord. C’est une rare occasion d’admirer un travail extraordinaire de taille de maçonnerie de pierres. Chacune de ces pierres est déposée sur les autres et le tout forme un assemblage solidaire. Le terme « technique » pour ce travail s’appelle la « stéréotomie ». L’Encyclopédie Universalis nous en donne la définition suivante : « Au sens premier du terme, la stéréotomie est l’art de découper différents volumes en vue de leur assemblage ; en architecture, elle désigne plus spécifiquement l’art de la coupe des pierres en vue de la construction des voûtes, trompes, coupoles ou volées d’escaliers. (photo : Gabriel Deschambault)

Cette photographie nous montre un détail de l’escalier sur la devanture du bâtiment situé au nord. C’est une rare occasion d’admirer un travail extraordinaire de taille de maçonnerie de pierres. Chacune de ces pierres est déposée sur les autres et le tout forme un assemblage solidaire. Le terme « technique » pour ce travail s’appelle la « stéréotomie ». L’Encyclopédie Universalis nous en donne la définition suivante : « Au sens premier du terme, la stéréotomie est l’art de découper différents volumes en vue de leur assemblage ; en architecture, elle désigne plus spécifiquement l’art de la coupe des pierres en vue de la construction des voûtes, trompes, coupoles ou volées d’escaliers. (photo : Gabriel Deschambault)

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