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Une petite tranche de vie au coin de Papineau en 1943… et même avant

Histoire
(photo : Archives de la Ville de Montréal VM 94 — Z -229-01)
(photo : Archives de la Ville de Montréal VM 94 — Z -229-01)

En octobre 1943, nous sommes en plein cœur de la deuxième Grande Guerre, mais la vie suit calmement son cours dans le Plateau Mont-Royal.

Cette photographie nous montre le carrefour Papineau et Mont-Royal sur l’heure du midi, et le paysage urbain que nous avons sous les yeux est, pratiquement, le même qu’aujourd’hui.

L’immense affiche au-dessus de la cordonnerie Pappas, fait l’apologie des C.W.A.C (le Canadian Women Army Corps) et invite les femmes à s’enrôler elles aussi. Le langage populaire les appelait simplement les « quouaques » (CWAC). Si l’on regarde les constructions, on constate qu’outre le fait que leur allure n’ait pas vraiment changé, on peut dire que c’est quand même curieux que dans un quartier aussi dense que le nôtre, ce tissu urbain commercial d’un seul étage ait subsisté jusqu’à aujourd’hui.

Chronique PAMPLEMOUSSE no_84_1

(photo : Archives de la Ville de Montréal VM 94 — Z -229-01)

À part les dames qui vaquent à leurs occupations, on distingue trois hommes, que l’on pourrait qualifier de « flâneurs », dont deux ont une allure un peu mystérieuse. En effet, peut-être s’agit-il de membres de la police militaire qui s’affairent à « espionner » les jeunes hommes en âge d’être sous les drapeaux. On voit également, à gauche de la photo, un exemple des fameux kiosques à journaux que l’on retrouve à tous les carrefours importants du secteur (Papineau, De Lorimier, etc.). Ces kiosques étaient invariablement peints en « crème » et vert foncé.

C’est louche ! Ouvrons l’œil... et le bon !

C’est louche ! Ouvrons l’œil… et le bon !

Reculons plus loin dans le temps avec une autre magnifique photographie de ce carrefour. Elle est reprise sur cette carte postale colorisée du début des années 1910. En fait, l’édifice de la Banque Royale (angle nord-est) est justement construit en 1910, ce qui nous permet de mieux situer la date de la photographie. On semble d’ailleurs distinguer sur l’image des pierres de ce qui pourrait bien être le début de la construction des fondations de cette banque, œuvre de l’architecte Kenneth G. Rea.

(photo : Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal, provenant du fonds des cartes postales de la collection de Christian Paquin)

Également, il est surprenant de constater le fort caractère résidentiel offert par l’avenue du Mont-Royal, avec la présence de tous ces balcons. Le changement physique le plus marquant avec aujourd’hui est la disparition des deux immeubles du coin sud-ouest du carrefour. Ils ont été remplacés par l’immeuble actuel dans les années 1930. On y trouvait un 5-10-15 « canadien-français », dont la raison sociale était « Larivière et Leblanc » et qui se voulait un compétiteur des grandes chaînes américaines Woolworth et Kresge.

Vous remarquerez aussi l’absence de véhicules motorisés, ce qui démontre bien l’ancienneté de cette photographie.  Plus loin, on distingue même du côté sud de Mont-Royal, le pignon de coin de l’immeuble angle Bordeaux.

Le « Billiard » (democratic POOL billiard club), à gauche sur la photo, est toujours là.  C’est le matin, car les auvents du côté nord sont déployés tandis que ceux du côté sud attendent les chaleurs de l’après-midi.    Il faut rafraîchir les intérieurs, car la climatisation n’est pas encore inventée (tout comme l’automobile d’ailleurs !).  Une partie d’affiche commerciale à gauche, avec les dernières lettres « … GS », pourrait être celle du « Greenberg’s » qui est devenu aujourd’hui le « Reitman’s », mais je ne suis pas sûr. En face, on distingue une partie de l’affiche du F.W. Woolworth de la fameuse chaîne des 5-10-25.

On voit également, sur Papineau, un fardier qui « bataille » sa traversée de Mont-Royal avec un tramway (il n’y a pas encore de feux de circulation, puisqu’il n’y a pas encore de circulation).  Il semble  transporter ce qui pourrait être du bois pour la construction.  La ville grandit et se développe plus au nord.

On peut imaginer la journée chaude, rythmée aux bruits des « cling-cling » des cloches de tramways et aux « clop-clop » des sabots des chevaux (ici, c’est une petite touche impressionniste !). La colorisation de la carte semble montrer une rue en terre battue, mais rassurez-vous, elle est bel et bien macadamisée. Un mystère demeure toutefois et il concerne l’édifice de trois étages du côté nord de la rue (voisin de la future banque). Actuellement, il n’y a que des édifices de deux étages à cet endroit. Incendie, démolition ? À suivre.

Il faut aussi se rappeler que ces bâtiments font partie, jusqu’en 1909, de la municipalité de De Lorimier. Ceci pourrait alors expliquer la particularité de ce bâti de faible densité.

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