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Bilan routier : chercher les boucs émissaires ou les solutions?

Transport
Geneviève Rajotte-Sauriol de Piétons Québec accrochait une paire de souliers blancs à un poteau de l'avenue du Parc en mémoire d'une piétonne décédée à cet endroit en janvier 2016.
Geneviève Rajotte-Sauriol de Piétons Québec accrochait une paire de souliers blancs à un poteau de l’avenue du Parc en mémoire d’une piétonne décédée à cet endroit en janvier 2016. (photo : archives Simon Van Vliet)

Le dévoilement du bilan routier a fait grand bruit cette semaine, en raison de la hausse du nombre de piétons tués l’an dernier.

Plusieurs décès survenus sur le Plateau au courant de l’année 2016 ont contribué à relancer le débat sur la sécurisation des artères et des intersections, particulièrement pour les piétons les plus vulnérables.

Personnes âgées, piétons à risque

Selon le bilan routier 2016, plus de la moitié des personnes happées mortellement sur les routes du Québec étaient âgées de 65 ans ou plus.

La directrice du LAboratoire Piétons et eSpace urbain (LAPS) au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, Marie-Soleil Cloutier, qui s’intéresse depuis des années à la sécurité des personnes âgées, ne s’étonne guère.

L’un des projets de recherche menés dans son nouveau laboratoire s’intitule d’ailleurs PARI : Piétons âgés, risque et insécurité pour une population grandissante.

« C’est le système qui est défaillant, pas les individus », tranche Marie-Soleil Cloutier qui plaide depuis des années pour de meilleurs aménagements et des infrastructures plus adaptées à la hausse simultanée du volume de circulation motorisée et de la part modale du transport non motorisé.

Si les comportements individuels sont en cause dans bien des cas, on blâme trop souvent les victimes et pas assez sévèrement les conducteurs.

« Le victim-blaming ce n’est quand même pas nouveau », observe Marie-Soleil Cloutier, faisant écho à plusieurs critiques formulées à l’égard du traitement médiatique de collisions survenues entre cyclistes et véhicules motorisés, en particulier celle où un enfant qui circulait à vélo sur un trottoir a été renversé par une fourgonnette qui sortait d’une ruelle.

Le chroniqueur du Devoir Jean-François Nadeau écrivait récemment que le port du casque revient, année après année, « comme une excuse vivace pour justifier des infrastructures qui ne sont pas à la hauteur ».

L’usage du cellulaire comme bouc émissaire

De façon similaire, l’usage du téléphone cellulaire par les piétons, qui a été pointé du doigt par de nombreux commentateurs comme étant l’une des causes possibles de l’augmentation des décès de piétons, est un bouc émissaire pratique qui permet d’éluder le fond du débat.

Le bilan routier du Québec établit que la distraction est la principale cause d’accident, concède Marie-Soleil Cloutier qui invite cependant à éviter de sauter aux conclusions quant aux causes de distraction spécifique.

« Aux Pays-Bas, ils ont un réel problème documenté », fait valoir la chercheuse qui souligne qu’aucune donnée ne permet d’avancer que le cellulaire y soit pour quoi que ce soit dans la hausse du nombre de piétons tués au Québec. Ce que les données existantes confirment par contre, c’est que la configuration des artères en cause dans la plupart des accidents et que des pratiques d’aménagement peuvent contribuer à améliorer la sécurité routière.

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